—Oui, répéta lentement Mme Rosay, c'était le bon temps...
Midi. On arrivait à Orléans. A l'hôtel, un menu banal et nombreux défila vite, comme au buffet. Rosay s'agitait, travaillé de souvenirs et de printemps. Après le déjeuner, il fit un tour jusqu'au garage, le teint enflammé, le cigare aux dents. Quand la voiture repartit, il semblait plus calme.
Pourtant l'auto gardait son allure imperturbable. Nul pittoresque à l'horizon. A chaque tour de roue, le peintre devait regretter davantage les menus incidents qui, jadis, pavoisaient la route.
⁂
Tout à coup, le doux bruissement de soie du moteur cessa. L'auto parcourut encore quelques mètres, puis stoppa. Surpris, le mécanicien bondit sur sa manivelle, essaya de remettre en marche. Vains efforts. Alors, humilié, rageur, il souleva le capot. C'était bien la première fois que sa voiture lui jouait un tour pareil.
Quant au patron, il semblait joyeux. Il sauta sur la route, alluma son cigare, aida galamment sa femme à descendre:
—Eh bien, nous qui la regrettions... La voilà, la panne, la joyeuse panne de jadis. Ça nous rajeunit... pas vrai?
Mme Rosay refléta la mine épanouie de son mari:
—Oui, oui, ça nous rajeunit.
Elle ajouta, vaguement inquiète: