Alors Collinot de se frapper le front et, se soulageant dans un grand éclat de rire:
—Mais, Madame, je vous ai dit que, dans ce modèle-là, grâce au petit toit qui surplombe le siège avant, le chauffeur était garanti!
LORD SHEFFIELD
Lorsqu'il parut pour la première fois, étincelant et vénérable, le 8-12 reflets campé sur l'oreille, la barbe Roi des Belges répandue sur le gilet blanc, tout le personnel de la Motor-Agence s'empressa, l'œil aimable, la bouche ronde et l'échine courbée. Un client bon teint, certainement. Désignant du bout de sa canne une plantureuse limousine, il souhaita, du ton le plus courtois, d'en connaître l'origine, la force et le prix. Puis vint le tour d'un phaéton. Deux baquets lui succédèrent. Flairant la grosse affaire, les employés témoignaient d'un zèle inaltérable. Même le directeur, le célèbre Collinot, homme occupé s'il en fut, intervint en personne. Tous levaient des capots, ouvraient des portières, éprouvaient des ressorts, démontaient, démontraient. Cependant, le beau vieillard, sur un salut plein de noblesse, partit sans laisser de commande.
Il revint. Sans doute avait-il arrêté son choix dans l'intervalle. Un tel espoir lui valut un accueil favorable. Mais le vénérable amateur n'exigeait que de nouveaux renseignements. On les lui fournit d'une ardeur mollissante.
Lorsqu'il se présenta pour la troisième fois au magasin, Collinot était en conversation avec son collègue de la Lutèce-Automobile. L'imposant personnage hésitait encore. Un commis résigné reçut ses vaines confidences. Lorsqu'il fut parti:
—Hein! Quel sinistre raseur! dit le directeur de la Lutèce-Automobile.
—Vous le connaissez? demanda Collinot.
—Je vous crois! Il est venu cinq fois chez nous, sans acheter même une paire de lunettes. Il doit faire le tour des magasins et des agences. Nous l'appelons lord Sheffield, car Sheffield est la patrie des rasoirs. C'est le bon loufoque.