—Très fâcheux, opina le capitaine. Mais il faut que la consigne soit la même pour tous.
Alors Pontéran vit qu'il ne lui restait plus qu'une chance de salut: nier la faute. Et il nia, il nia éperdument:
—Mais je n'allais pas vile! Je ne vais jamais vite. Ma voiture ne peut pas aller vite. Et la preuve, c'est que jamais, jusqu'ici, jamais je n'ai attrapé de contravention. Aussi, Messieurs, je compte sur votre bienveillance, sur votre justice, pour me laisser cette sorte de virginité, ce brevet d'innocence dont je suis fier, pour ne pas donner suite au rapport, sincère je veux le croire, mais sûrement erroné, de votre gendarme.
Les deux fonctionnaires se regardaient, indécis. Pontéran comprit qu'il avait jeté le doute dans leur esprit. Il se sentit envahi et baigné d'espoir. Mais un huissier entra, qui tendit une fiche au capitaine.
—Ce gendarme est justement en bas, dit l'officier au sous-préfet. Peut-être pourrions-nous l'entendre?
«L'animal a pisté ma voiture, songea Pontéran. Et, flairant ma contre-mine, il veut l'éventer... Ma foi, advienne que pourra. Je continuerai de nier...»
Ah! ce fut un beau combat! Seul contre trois... Stimulé par le désir de vaincre et par la lutte même, Pontéran prenait l'offensive. A force de vouloir convaincre les autres, il en arrivait à se convaincre lui-même. Un moment vint où sa mauvaise foi fut sincère:
—Moi? Mais je garde toujours une allure de père de famille. Un accident est si vite arrivé. Je suis la prudence même. Mes amis le savent bien. Ils m'en raillent. Ils m'appellent le père La Lenteur...
—Cependant, ma montre... objectait le gendarme.
—Mon ami, je ne mets pas votre bonne foi en doute, répliquait Pontéran. Mais placé sur le Cours pour pincer les délinquants, vous êtes porté à en voir dans chaque chauffeur qui passe. C'est humain. Votre montre? Elle est vénérable, mais ce n'est pas un chronomètre. On ne condamne pas les gens sur les indications fantaisistes d'une trotteuse...