CONFLIT

La petite Mme Labernière entra en rafale chez son vieil ami l'avocat Saint-Roncourt. Elle était, comme à l'habitude, fraîche et dodue, mais le rouge de la colère animait ses joues et des lueurs tragiques brasillaient dans ses yeux.

—Maître, maître! s'écria-t-elle dès le seuil, il m'arrive un grand chagrin, un grand malheur. Je veux divorcer.

Et elle s'écroula dans un fauteuil.

Saint-Roncourt éleva au plafond des mains onctueuses. Quoi? Un ménage si uni d'apparence, si jeune encore? Il interrogea:

—Mais que s'est-il donc passé?

—Une scène épouvantable avec mon mari, à l'instant même. J'ai couru droit chez vous. La vie n'est plus possible. Je veux tout briser, tout rompre. Vous m'aiderez...

—Mais encore faut-il que je sache...

—Vous saurez tout. Voilà. Nous habitons la campagne la moitié de l'année, n'est-ce pas, de mai à novembre. Nous avions décidé, Georges et moi, de nous offrir une auto pour le printemps prochain et de profiter du Salon pour fixer notre choix. Notez, car c'est très important, que cette voiture devait nous servir uniquement à la campagne, car nos moyens ne nous permettent pas, au moins actuellement, d'en user à Paris. Très bien. Nous voilà donc lancés dans des devis, des plans, penchés d'avance sur des cartes et des catalogues, enfin dans l'amusement, dans la fièvre du projet qu'on est sûr de réaliser...