ELLE.—Les dames non plus ne sont jamais prêtes à l'heure.

LUI.—C'est à cause de leur voilette. Paraît qu'il n'y a rien de plus long à mettre qu'une voilette. Enfin, Paul, c'est son métier d'être exact. Papa lui a resservi l'histoire du jour où il a manqué son train pour Paris parce qu'ils étaient partis en retard pour la gare.

ELLE.—Oui. Eh bien, qu'est-ce qu'ils ont fait, ce jour-là? Ils sont partis à Paris par la route et ils sont arrivés avant le chemin de fer!

LUI.—Parbleu! Parce que Paul va à des vitesses folles. Aller plus vite qu'un train qui fait du soixante à l'heure!

ELLE.—Alors, pourquoi que papa dit: «Un soixante de père de famille»?

LUI.—Il dit ça devant ses amis, mais pas devant Paul. Au contraire, il lui a assez reproché ses excès de vitesse des premiers temps. Même que maman en avait des palpitations de cœur. Il paraît qu'on était obligé de le calmer à toutes les descentes, tous les tournants, les traversées de ville, pendant des mois. Papa lui a encore crié: «Et quand vous aviez une auto devant vous? Ai-je dû assez vous retenir? Vous ne vous connaissiez plus, vous vous emballiez, il fallait à toute force que vous la dépassiez. Avec vos 30 chevaux, vous vouliez lutter contre des 80, des 100 chevaux!»

ELLE.—Oh! c'était joliment amusant! Tu te rappelles quand Paul donnait des grands coups de sirène pour faire ranger la voiture. Ce qu'ils devaient rager, les autres! Moi, ça me faisait toujours penser à l'ogre quand il affile son grand couteau pour découper les petits enfants. Et toi aussi, ça t'amusait, et papa, et maman, tout le monde. Personne ne parlait jusqu'à ce qu'on ait passé.

LUI.—Oui. Mais il aurait pu arriver un accident.

ELLE.—Tu n'es qu'un capon. D'ailleurs, c'était fini, ce temps-là. Papa avait défendu de dépasser les autos. Je pense que Paul a répliqué.

LUI.—Bien sûr. Il a répondu que certains patrons étaient pour la vitesse, d'autres contre, et qu'il fallait le temps de se mettre à l'allure de la maison.