ELLE, piquée.—On n'a jamais essayé.

LUI.—Heureusement. Dis-en d'autres, des choses que tu imagines, pour voir.

ELLE, méfiante.—Je ne m'en souviens plus.

LUI.—Attends. La bougie, comment crois-tu que c'est fait?

ELLE.—Je la vois dans un chandelier, avec une mèche et une petite flamme.

LUI, l'imitant.—«Avec une petite flamme». Tu n'y es pas du tout. (Supérieur.) C'est électrique.

ELLE.—Tu vois, tu te moques de moi. Je ne te raconterai plus rien.

LUI.—Mais si. (Du haut de ses huit ans.) Quand j'étais petit, je me trompais aussi. Ça arrive à tout le monde. Tiens, quand on parlait devant moi des chambres à air, je m'imaginais des vraies petites chambres, avec des fenêtres, des tableaux, des tapis par terre. Ce qu'on est serin, quand on est gosse! C'est comme le jour où maman a dit que ma tante Vernisson était pleine de tact. Je confondais avec le talc que Paul met aux pneus. Et je voyais la tante Vernisson toute blanche, comme un goujon dans la farine.

ELLE, en confiance.—Ah! Goujon, ça me fait penser... Alors, quand Paul dit qu'il va chasser un goujon, ce n'est pas un petit poisson?

LUI, doucement railleur.—Il dirait qu'il va pêcher. Un goujon, c'est en fer.