LAISSONS à part cette longue comparaison de la vie solitaire à
l'actiue. Et quant à ce beau mot, dequoy se couure l'ambition et
l'auarice, Que nous ne sommes pas naiz pour nostre particulier,
ains pour le publicq; rapportons nous en hardiment à ceux qui sont1
en la danse; et qu'ils se battent la conscience, si au contraire, les
estats, les charges, et cette tracasserie du monde, ne se recherche
plustost, pour tirer du publicq son profit particulier. Les mauuais
moyens par où on s'y pousse en nostre siecle, montrent bien que la
fin n'en vaut gueres. Respondons à l'ambition que c'est elle mesme•
qui nous donne goust de la solitude. Car que fuit elle tant que la
societé? que cherche elle tant que ses coudées franches? Il y a dequoy
bien et mal faire par tout. Toutesfois si le mot de Bias est vray,
que la pire part c'est la plus grande, ou ce que dit l'Ecclesiastique,
que de mille il n'en est pas vn bon:2
Rari quippe boni: numero vix sunt totidem quot
Thebarum portæ, vel diuitis ostia Nili:
la contagion est tres-dangereuse en la presse. Il faut ou imiter les
vitieux, ou les haïr. Tous les deux sont dangereux; et de leur ressembler,
par ce qu'ils sont beaucoup, et d'en haïr beaucoup par ce•
qu'ils sont dissemblables. Et les marchands, qui vont en mer, ont
raison de regarder, que ceux qui se mettent en mesme vaisseau,
ne soyent dissolus, blasphemateurs, meschans: estimants telle societé
infortunée. Parquoy Bias plaisamment, à ceux qui passoient
auec luy le danger d'vne grande tourmente, et appelloient le secours
des Dieux: Taisez vous, feit-il, qu'ils ne sentent point que
vous soyez icy auec moy. Et d'vn plus pressant exemple: Albuquerque
Vice-Roy en l'Inde, pour Emanuel Roy de Portugal, en vn
extreme peril de fortune de mer, print sur ses espaules vn ieune•
garçon pour cette seule fin, qu'en la societé de leur peril, son innocence
luy seruist de garant, et de recommandation enuers la
faueur diuine, pour le mettre à bord. Ce n'est pas que le sage
ne puisse par tout viure content, voire et seul, en la foule d'vn palais:
mais s'il est à choisir, il en fuira, dit-il, mesmes la veue. Il1
portera s'il est besoing cela, mais s'il est en luy, il eslira cecy. Il
ne luy semble point suffisamment s'estre desfait des vices, s'il faut
encores qu'il conteste auec ceux d'autruy. Charondas chastioit pour
mauuais ceux qui estoient conuaincus de hanter mauuaise compagnie.
Il n'est rien si dissociable et sociable que l'homme: l'vn par•
son vice, l'autre par sa nature. Et Antisthenes ne me semble auoir
satisfait à celuy, qui luy reprochoit sa conuersation auec les meschants,
en disant, que les medecins viuent bien entre les malades.
Car s'ils seruent à la santé des malades, ils deteriorent la leur, par
la contagion, la veuë continuelle, et pratique des maladies. Or la2
fin, ce crois-ie, en est tout'vne, d'en viure plus à loisir et à son
aise. Mais on n'en cherche pas tousiours bien le chemin. Souuent
on pense auoir quitté les affaires, on ne les a que changez. Il n'y a
guere moins de tourment au gouuernement d'vne famille que d'vn
estat entier. Où que l'ame soit empeschée, elle y est toute. Et pour•
estre les occupations domestiques moins importantes, elles n'en
sont pas moins importunes. D'auantage, pour nous estre deffaicts
de la Cour et du marché, nous ne sommes pas deffaits des principaux
tourmens de nostre vie.
Ratio et prudentia curas,3
Non locus effusi latè maris arbiter, aufert.
L'ambition, l'auarice, l'irresolution, la peur et les concupiscences,
ne nous abandonnent point pour changer de contrée:
Et post equitem sedet atra cura.
Elles nous suiuent souuent iusques dans les cloistres, et dans les•
escoles de Philosophie. Ny les desers, ny les rochers creusez, ny
la here, ny les ieusnes, ne nous en démeslent:
Hæret lateri lethalis arundo.

On disoit à Socrates, que quelqu'vn ne s'estoit aucunement
amendé en son voyage: Ie croy bien, dit-il, il s'estoit emporté auecques
soy.
Quid terras alio calentes
Sole mutamus? patria quis exsul
Se quoque fugit?
Si on ne se descharge premierement et son ame, du faix qui la
presse, le remuement la fera fouler dauantage; comme en vn nauire,
les charges empeschent moins, quand elles sont rassises. Vous
faictes plus de mal que de bien au malade de luy faire changer de1
place. Vous ensachez le mal en le remuant: comme les pals s'enfoncent
plus auant, et s'affermissent en les branslant et secouant.
Parquoy ce n'est pas assez de s'estre escarté du peuple; ce n'est pas
assez de changer de place, il se faut escarter des conditions populaires,
qui sont en nous: il se faut sequestrer et r'auoir de soy.•
Rupi iam vincula, dicas:
Nam luctata canis nodum arripit; attamen illa
Cùm fugit, à collo trahitur pars longa catenæ.
Nous emportons nos fers quand et nous. Ce n'est pas vne entiere
liberté, nous tous tournons encore la veuë vers ce que nous auons2
laissé; nous en auons la fantasie pleine.
Nisi purgatum est pectus, quæ prælia nobis
Atque pericula tunc ingratis insinuandum?
Quantæ conscindunt hominem cuppedinis acres
Sollicitum curæ? quantique perinde timores?
Quidue superbia, spurcitia, ac petulantia, quantas
Efficiunt clades? quid luxus desidiésque?

Nostre mal nous tient en l'ame: or elle ne se peut eschapper à
elle mesme,
In culpa est animus, qui se non effugit vnquam,3
Ainsin il la faut ramener et retirer en soy. C'est la vraye solitude,
et qui se peut ioüir au milieu des villes et des cours des Roys; mais
elle se iouyt plus commodément à part. Or puis que nous entreprenons
de viure seuls, et de nous passer de compagnie, faisons que
nostre contentement despende de nous: desprenons nous de toutes•
les liaisons qui nous attachent à autruy: gaignons sur nous, de
pouuoir à bon escient viure seuls, et y viure à nostr'aise. Stilpon
estant eschappé de l'embrasement de sa ville, où il auoit perdu
femme, enfans, et cheuance; Demetrius Poliorcetes, le voyant en
vne si grande ruine de sa patrie, le visage non effrayé, luy demanda,4
s'il n'auoit pas eu du dommage; il respondit que non, et
qu'il n'y auoit Dieu mercy rien perdu de sien. C'est ce que le Philosophe
Antisthenes disoit plaisamment, Que l'homme se deuoit
pourueoir de munitions, qui flottassent sur l'eau, et peussent à nage
auec luy eschapper du naufrage. Certes l'homme d'entendement n'a•
rien perdu, s'il a soy mesme. Quand la ville de Nole fut ruinée par
les Barbares, Paulinus qui en estoit Euesque, y ayant tout perdu,
et leur prisonnier, prioit ainsi Dieu; Seigneur garde moy de sentir
cette perte: car tu sçais qu'ils n'ont encore rien touché de ce qui
est à moy. Les richesses qui le faisoyent riche, et les biens qui le
faisoient bon, estoyent encore en leur entier. Voyla que c'est de
bien choisir les thresors qui se puissent affranchir de l'iniure: et
de les cacher en lieu, où personne n'aille, et lequel ne puisse estre•
trahi que par nous mesmes. Il faut auoir femmes, enfans, biens, et
sur tout de la santé, qui peut, mais non pas s'y attacher en maniere
que nostre heur en despende. Il se faut reseruer vne arriere-boutique,
toute nostre, toute franche, en laquelle nous establissions
nostre vraye liberté et principale retraicte et solitude. En cette-cy1
faut-il prendre nostre ordinaire entretien, de nous à nous mesmes,
et si priué, que nulle accointance ou communication de chose
estrangere y trouue place: discourir et y rire, comme sans femme,
sans enfans, et sans biens, sans train, et sans valetz: afin que quand
l'occasion aduiendra de leur perte, il ne nous soit pas nouueau de•
nous en passer. Nous auons vne ame contournable en soy mesme;
elle se peut faire compagnie, elle a dequoy assaillir et dequoy deffendre,
dequoy receuoir, et dequoy donner: ne craignons pas en cette
solitude, nous croupir d'oisiueté ennuyeuse,
In solis sis tibi turba locis.2
La vertu se contente de soy: sans discipline, sans paroles, sans
effects. En noz actions accoustumees, de mille il n'en est pas vne
qui nous regarde. Celuy que tu vois grimpant contremont les ruines
de ce mur, furieux et hors de soy, en bute de tant de harquebuzades:
et cet autre tout cicatricé, transi et pasle de faim,•
deliberé de creuer plustost que de luy ouurir la porte; penses-tu
qu'ils y soyent pour eux? pour tel à l'aduenture, qu'ils ne virent
onques, et qui ne se donne aucune peine de leur faict, plongé
cependant en l'oysiueté et aux delices. Cettuy-cy tout pituiteux,
chassieux et crasseux, que tu vois sortir apres minuict d'vn estude,3
penses-tu qu'il cherche parmy les liures, comme il se rendra plus
homme de bien, plus content et plus sage? nulles nouuelles. Il y
mourra, ou il apprendra à la posterité la mesure des vers de
Plaute, et la vraye orthographe d'vn mot Latin. Qui ne contre-change
volontiers la santé, le repos, et la vie, à la reputation et à•
la gloire? la plus inutile, vaine et fauce monnoye, qui soit en nostre
vsage. Nostre mort ne nous faisoit pas assez de peur, chargeons
nous encores de celle de nos femmes, de noz enfans, et de nos
gens. Noz affaires ne nous donnoyent pas assez de peine, prenons
encores à nous tourmenter, et rompre la teste, de ceux de noz
voisins et amis.
Vah! quemquámne hominem in animum instituere, aut
Parare, quod sit charius, quàm ipse est sibi?
La solitude me semble auoir plus d'apparence, et de raison, à ceux
qui ont donné au monde leur aage plus actif et fleurissant, à l'exemple
de Thales. C'est assez vescu pour autruy, viuons pour nous au
moins ce bout de vie: ramenons à nous, et à nostre aise nos pensées1
et nos intentions. Ce n'est pas vne legere partie que de faire
seurement sa retraicte; elle nous empesche assez sans y mesler
d'autres entreprinses. Puis que Dieu nous donne loisir de disposer
de notre deslogement; preparons nous y; plions bagage; prenons
de bon'heure congé de la compagnie; despétrons nous de ces violentes•
prinses, qui nous engagent ailleurs, et esloignent de nous.

Il faut desnoüer ces obligations si fortes: et meshuy aymer
cecy et cela, mais n'espouser rien que soy. C'est à dire, le reste
soit à nous: mais non pas ioint et colé en façon, qu'on ne le puisse
desprendre sans nous escorcher, et arracher ensemble quelque2
piece du nostre. La plus grande chose du monde c'est de sçauoir
estre à soy. Il est temps de nous desnoüer de la societé, puis que
nous n'y pouuons rien apporter. Et qui ne peut prester, qu'il se
deffende d'emprunter. Nos forces nous faillent: retirons les, et
resserrons en nous. Qui peut renuerser et confondre en soy les•
offices de tant d'amitiez, et de la compagnie, qu'il le face. En cette
cheute, qui le rend inutile, poisant, et importun aux autres, qu'il se
garde d'estre importun à soy mesme, et poisant et inutile. Qu'il se
flatte et caresse, et sur tout se regente, respectant et craignant sa
raison et sa conscience: si qu'il ne puisse sans honte, broncher en3
leur presence. Rarum est enim, vt satis se quisque vereatur. Socrates
dit, que les ieunes se doiuent faire instruire; les hommes
s'exercer à bien faire: les vieux se retirer de toute occupation
ciuile et militaire, viuants à leur discretion, sans obligation à certain
office. Il y a des complexions plus propres à ces preceptes de•
la retraite les vnes que les autres. Celles qui ont l'apprehension
molle et lasche, et vn' affection et volonté delicate, et qui ne s'asseruit
et ne s'employe pas aysément, desquels ie suis, et par naturelle
condition et par discours, ils se plieront mieux à ce conseil,
que les ames actiues et occupées, qui embrassent tout, et s'engagent•
par tout, qui se passionnent de toutes choses: qui s'offrent,
qui se presentent, et qui se donnent à toutes occasions. Il se
faut seruir de ces commoditez accidentales et hors de nous, en tant
qu'elles nous sont plaisantes; mais sans en faire nostre principal
fondement. Ce ne l'est pas; ny la raison, ny la nature ne le veulent.1
Pourquoy contre ses loix asseruirons nous nostre contentement à la
puissance d'autruy? D'anticiper aussi les accidens de fortune, se
priuer des commoditez qui nous sont en main, comme plusieurs
ont faict par deuotion, et quelques Philosophes par discours, se
seruir soy-mesmes, coucher sur la dure, se creuer les yeux, ietter•
ses richesses emmy la riuiere, rechercher la douleur (ceux-là pour
par le tourment de cette vie, en acquerir la beatitude d'vne autre:
ceux-cy pour s'estans logez en la plus basse marche, se mettre en
seureté de nouuelle cheute) c'est l'action d'vne vertu excessiue. Les
natures plus roides et plus fortes facent leur cachette mesmes,2
glorieuse et exemplaire.
Tuta et paruula laudo,
Cúm res deficiunt, satis inter vilia fortis:
Verùm, vbi quid melius contingit et vnctius, idem
Hos sapere, et solos aio benè viuere, quorum
Conspicitur nitidis fundata pecunia villis.
Il y a pour moy assez affaire sans aller si auant. Il me suffit souz
la faueur de la fortune, me preparer à sa défaueur; et me representer
estant à mon aise, le mal aduenir, autant que l'imagination
y peut attaindre: tout ainsi que nous nous accoustumons aux3
iouxtes et tournois, et contrefaisons la guerre en pleine paix. Ie
n'estime point Arcesilaus le Philosophe moins reformé, pour le
sçauoir auoir vsé d'vtensiles d'or et d'argent, selon que la condition
de sa fortune le luy permettoit: et l'estime mieux, que s'il s'en
fust demis, de ce qu'il en vsoit moderément et liberalement. Ie•
voy iusques à quels limites va la necessité naturelle: et considerant
le pauure mendiant à ma porte, souuent plus enioué et plus
sain que moy, ie me plante en sa place: i'essaye de chausser mon
ame à son biaiz. Et courant ainsi par les autres exemples, quoy que
ie pense la mort, la pauureté, le mespris, et la maladie à mes talons,4
ie me resous aisément de n'entrer en effroy, de ce qu'vn
moindre que moy prend auec telle patience. Et ne veux croire que
la bassesse de l'entendement, puisse plus que la vigueur, ou que les
effects du discours, ne puissent arriuer aux effects de l'accoustumance.
Et cognoissant combien ces commoditez accessoires tiennent•
à peu, ie ne laisse pas en pleine iouyssance, de supplier Dieu pour
ma souueraine requeste, qu'il me rende content de moy-mesme, et
des biens qui naissent de moy. Ie voy des ieunes hommes gaillards,
qui portent nonobstant dans leurs coffres vne masse de pillules,
pour s'en seruir quand le rhume les pressera; lequel ils craignent1
d'autant moins, qu'ils en pensent auoir le remede en main. Ainsi
faut il faire: et encore si on se sent subiect à quelque maladie plus
forte, se garnir de ces medicamens qui assoupissent et endorment
la partie. L'occupation qu'il faut choisir à vne telle vie, ce doit
estre vne occupation non penible ny ennuyeuse; autrement pour•
neant ferions nous estat d'y estre venuz chercher le seiour. Cela
depend du goust particulier d'vn chacun. Le mien ne s'accommode
aucunement au ménage. Ceux qui l'aiment, ils s'y doiuent addonner
auec moderation,
Conentur sibi res, non se submittere rebus.2
C'est autrement vn office seruile que la mesnagerie, comme le
nomme Saluste. Elle a des parties plus excusables, comme le soing
des iardinages que Xenophon attribue à Cyrus. Et se peut trouuer
vn moyen, entre ce bas et vil soing, tendu et plein de solicitude,
qu'on voit aux hommes qui s'y plongent du tout; et cette profonde•
et extreme nonchalance laissant tout aller à l'abandon, qu'on voit
en d'autres:
Democriti pecus edit agellos
Cultáque, dum peregrè est animus sine corpore velox.
Mais oyons le conseil que donne le ieune Pline à Cornelius Rufus3
son amy, sur ce propos de la solitude: Ie te conseille en cette
pleine et grasse retraicte, où tu es, de quitter à tes gens ce bas et
abiect soing du mesnage, et t'addonner à l'estude des lettres, pour
en tirer quelque chose qui soit toute tienne. Il entend la reputation:
d'vne pareille humeur à celle de Cicero, qui dit vouloir employer sa•
solitude et seiour des affaires publiques, à s'en acquerir par ses
escrits vne vie immortelle.
Vsque adeóne
Scire tuum nihil est, nisi te scire hoc, sciat alter?
Il semble, que ce soit raison, puis qu'on parle de se retirer du
monde, qu'on regarde hors de luy. Ceux-cy ne le font qu'à demy.
Ils dressent bien leur partie, pour quand ils n'y seront plus: mais
le fruit de leur dessein, ils pretendent le tirer encore lors, du
monde, absens, par vne ridicule contradiction. L'imagination de•
ceux qui par deuotion, cerchent la solitude, remplissants leur
courage, de la certitude des promesses diuines, en l'autre vie, est
bien plus sainement assortie. Ils se proposent Dieu, obiect infini en
bonté et en puissance. L'ame a dequoy y rassasier ses desirs, en
toute liberté. Les afflictions, les douleurs, leur viennent à profit,1
employées à l'acquest d'vne santé et resiouyssance eternelle. La
mort, à souhait: passage à vn si parfaict estat. L'aspreté de leurs
regles est incontinent applanie par l'accoustumance: et les appetits
charnels, rebutez et endormis par leur refus: car rien ne les
entretient que l'vsage et l'exercice. Cette seule fin, d'vne autre vie•
heureusement immortelle, merite loyalement que nous abandonnions
les commoditez et douceurs de cette vie nostre. Et qui peut
embraser son ame de l'ardeur de cette viue foy et esperance, reellement
et constamment, il se bastit en la solitude, vne vie voluptueuse
et delicieuse, au delà de toute autre sorte de vie. Ny la2
fin donc ny le moyen de ce conseil ne me contente: nous retombons
tousiours de fieure en chaud mal. Cette occupation des liures,
est aussi penible que toute autre; et autant ennemie de la santé,
qui doit estre principalement considerée. Et ne se faut point laisser
endormir au plaisir qu'on y prend: c'est ce mesme plaisir qui perd•
le mesnager, l'auaricieux, le voluptueux, et l'ambitieux. Les sages
nous apprennent assez, à nous garder de la trahison de noz appetits;
et à discerner les vrays plaisirs et entiers, des plaisirs meslez
et bigarrez de plus de peine. Car la pluspart des plaisirs, disent
ils, nous chatouillent et embrassent pour nous estrangler, comme3
faisoyent les larrons que les Ægyptiens appelloyent Philistas: et
si la douleur de teste nous venoit auant l'yuresse, nous nous garderions
de trop boire; mais la volupté, pour nous tromper, marche
deuant, et nous cache sa suitte. Les liures sont plaisans: mais si
de leur frequentation nous en perdons en fin la gayeté et la santé,
nos meilleures pieces, quittons les. Ie suis de ceux qui pensent
leur fruit ne pouuoir contrepeser cette perte. Comme les hommes
qui se sentent de long temps affoiblis par quelque indisposition, se
rengent à la fin à la mercy de la medecine; et se font desseigner•
par art certaines regles de viure, pour ne les plus outrepasser:
aussi celuy qui se retire ennuié et desgousté de la vie commune,
doit former cette-cy, aux regles de la raison; l'ordonner et renger
par premeditation et discours. Il doit auoir prins congé de toute
espece de trauail, quelque visage qu'il porte; et fuïr en general1
les passions, qui empeschent la tranquillité du corps et de l'ame;
et choisir la route qui est plus selon son humeur:
Vnusquisque sua nouerit ire via.
Au mesnage, à l'estude, à la chasse, et tout autre exercice, il
faut donner iusques aux derniers limites du plaisir; et garder de•
s'engager plus auant, ou la peine commence à se mesler parmy.
Il faut reseruer d'embesoignement et d'occupation, autant seulement,
qu'il en est besoing, pour nous tenir en haleine, et pour nous
garantir des incommoditez que tire apres soy l'autre extremité
d'vne lasche oysiueté et assoupie. Il y a des sciences steriles et2
épineuses, et la plus part forgées pour la presse: il les faut laisser
à ceux qui sont au seruice du monde. Ie n'ayme pour moy, que
des liures ou plaisans et faciles; qui me chatouillent; ou ceux qui
me consolent, et conseillent à regler ma vie et ma mort.
Tacitum syluas inter reptare salubres,
Curantem quidquid dignum sapiente bonòque est.

Les gens plus sages peuuent se forger vn repos tout spirituel,
ayant l'ame forte et vigoureuse. Moy qui l'ay commune, il faut que
i'ayde à me soustenir par les commoditez corporelles. Et l'aage
m'ayant tantost desrobé celles qui estoient plus à ma fantasie,3
i'instruis et aiguise mon appetit à celles qui restent plus sortables
à cette autre saison. Il faut retenir à tout nos dents et nos griffes,
l'vsage des plaisirs de la vie, que nos ans nous arrachent des
poings, les vns apres les autres:
Carpamus dulcia, nostrum est
Quod viuis, cinis et manes et fabula fies.

Or quant à la fin que Pline et Cicero nous proposent, de la gloire,
c'est bien loing de mon conte. La plus contraire humeur à la retraicte,
c'est l'ambition. La gloire et le repos sont choses qui ne
peuuent loger en mesme giste: à ce que ie voy, ceux-cy n'ont que4
les bras et les iambes hors de la presse; leur ame, leur intention
y demeure engagée plus que iamais.
Tun', vetule, auriculis alienis colligis escas?
Ils se sont seulement reculez pour mieux sauter, et pour d'vn plus
fort mouuement faire vne plus viue faucée dans la trouppe. Vous•
plaist-il voir comme ils tirent court d'vn grain? Mettons au contrepoix,
l'aduis de deux philosophes, et de deux sectes tres-differentes,
escriuans l'vn à Idomeneus, l'autre à Lucilius leurs amis, pour du
maniement des affaires et des grandeurs, les retirer à la solitude.
Vous auez, disent-ils, vescu nageant et flottant iusques à present,1
venez vous en mourir au port. Vous auez donné le reste de vostre
vie à la lumiere, donnez cecy à l'ombre. Il est impossible de quitter
les occupations, si vous n'en quittez le fruit; à cette cause
desfaictes vous de tout soing de nom et de gloire. Il est danger que
la lueur de voz actions passées, ne vous esclaire que trop, et vous•
suiue iusques dans vostre taniere. Quittez auecq les autres voluptez,
celle qui vient de l'approbation d'autruy. Et quant à vostre science
et suffisance, ne vous chaille, elle ne perdra pas son effect, si vous
en valez mieux vous mesme. Souuienne vous de celuy, à qui comme
on demandast, à quoy faire il se pénoit si fort en vn art, qui ne2
pouuoit venir à la cognoissance de guere de gens: I'en ay assez de
peu, respondit-il, i'en ay assez d'vn, i'en ay assez de pas vn. Il disoit
vray: vous et vn compagnon estes assez suffisant theatre l'vn
à l'autre, ou vous à vous-mesmes. Que le peuple vous soit vn, et
vn vous soit tout le peuple. C'est vne lâche ambition de vouloir•
tirer gloire de son oysiueté, et de sa cachette. Il faut faire comme
les animaux, qui effacent la trace, à la porte de leur taniere. Ce
n'est plus ce qu'il vous faut chercher, que le monde parle de vous,
mais comme il faut que vous parliez à vous-mesmes. Retirez vous
en vous, mais preparez vous premierement de vous y receuoir: ce3
seroit folie de vous fier à vous mesmes, si vous ne vous sçauez
gouuerner. Il y a moyen de faillir en la solitude, comme en la
compagnie: iusques à ce que vous vous soyez rendu tel, deuant
qui vous n'osiez clocher, et iusques à ce que vous ayez honte et
respect de vous mesmes, obuersentur species honestæ animo: presentez•
vous tousiours en l'imagination Caton, Phocion, et Aristides,
en la presence desquels les fols mesme cacheroient leurs fautes, et
establissez les contrerolleurs de toutes vos intentions. Si elles se
detraquent, leur reuerence vous remettra en train: ils vous contiendront
en cette voye, de vous contenter de vous mesmes, de
n'emprunter rien que de vous, d'arrester et fermir vostre ame en
certaines et limitées cogitations, où elle se puisse plaire: et ayant•
entendu les vrays biens, desquels on iouyt à mesure qu'on les entend,
s'en contenter, sans desir de prolongement de vie ny de nom.
Voyla le conseil de la vraye et naifue philosophie, non d'vne philosophie
ostentatrice et parliere, comme est celle des deux premiers.

CHAPITRE XXXIX. [(TRADUCTION LIV. I, CH. XXXIX.)]
Consideration sur Ciceron.

ENCOR' vn traict à la comparaison de ces couples. Il se tire des1
escrits de Cicero, et de ce Pline peu retirant, à mon aduis, aux
humeurs de son oncle, infinis tesmoignages de nature outre mesure
ambitieuse: entre autres qu'ils sollicitent au sceu de tout le monde,
les historiens de leur temps, de ne les oublier en leurs registres:
et la fortune comme par despit, a faict durer iusques à nous la•
vanité de ces requestes, et pieça faict perdre ces histoires. Mais
cecy surpasse toute bassesse de cœur, en personnes de tel rang,
d'auoir voulu tirer quelque principale gloire du cacquet, et de la
parlerie, iusques à y employer les lettres priuées escriptes à leurs
amis: en maniere, que aucunes ayans failly leur saison pour estre2
enuoyées, ils les font ce neantmoins publier auec cette digne excuse,
qu'ils n'ont pas voulu perdre leur trauail et veillées. Sied-il pas
bien à deux consuls Romains, souuerains magistrats de la chose
publique emperiere du monde, d'employer leur loisir, à ordonner
et fagotter gentiment vne belle missiue, pour en tirer la reputation,•
de bien entendre le langage de leur nourrisse? Que feroit pis vn
simple maistre d'escole qui en gaignast sa vie? Si les gestes de
Xenophon et de Cæsar, n'eussent de bien loing surpassé leur eloquence,
ie ne croy pas qu'ils les eussent iamais escrits. Ils ont
cherché à recommander non leur dire, mais leur faire. Et si la•
perfection du bien parler pouuoit apporter quelque gloire sortable
à vn grand personnage, certainement Scipion et Lælius n'eussent
pas resigné l'honneur de leurs comedies, et toutes les mignardises
et delices du langage Latin, à vn serf Afriquain. Car que cet ouurage
soit leur, sa beauté et son excellence le maintient assez, et1
Terence l'aduoüe luy mesme: et me feroit on desplaisir de me
desloger de cette creance. C'est vne espece de mocquerie et d'iniure,
de vouloir faire valoir vn homme, par des qualitez mes-aduenantes
à son rang; quoy qu'elles soient autrement loüables; et par
les qualitez aussi qui ne doiuent pas estre les siennes principales.•
Comme qui loüeroit vn Roy d'estre bon peintre, ou bon architecte,
ou encore bon arquebuzier, ou bon coureur de bague. Ces loüanges
ne font honneur, si elles ne sont presentées en foule, et à la
suitte de celles qui luy sont propres: à sçauoir de la iustice, et de
la science de conduire son peuple en paix et en guerre. De cette2
façon faict honneur à Cyrus l'agriculture, et à Charlemaigne l'eloquence,
et cognoissance des bonnes lettres. I'ay veu de mon temps,
en plus forts termes, des personnages, qui tiroient d'escrire, et
leurs tiltres, et leur vocation, desaduoüer leur apprentissage, corrompre
leur plume, et affecter l'ignorance de qualité si vulgaire, et•
que nostre peuple tient, ne se rencontrer guere en mains sçauantes:
et prendre souci, de se recommander par meilleures qualitez. Les
compagnons de Demosthenes en l'ambassade vers Philippus, loüoyent
ce Prince d'estre beau, eloquent, et bon beuueur: Demosthenes
disoit que c'estoient louanges qui appartenoient mieux à vne femme,3
à vn Aduocat, à vne esponge, qu'à vn Roy.
Imperet bellante prior, iacentem
Lenis in hostem.
Ce n'est pas sa profession de sçauoir, ou bien chasser, ou bien
dancer,•
Orabunt causas alij, cœlique mea us
Describent radio, et fulgentia, sidera dicent,
Hic regere imperio populos sciat.

Plutarque dit d'auantage, que de paroistre si excellent en ces
parties moins necessaires, c'est produire contre soy le tesmoignage
d'auoir mal dispencé son loisir, et l'estude, qui deuoit estre employé
à choses plus necessaires et vtiles. De façon que Philippus
Roy de Macedoine, ayant ouy ce grand Alexandre son fils, chanter•
en vn festin, à l'enui des meilleurs musiciens; N'as-tu pas honte,
luy dit-il, de chanter si bien? Et à ce mesme Philippus, vn musicien
contre lequel il debattoit de son art; Ia à Dieu ne plaise Sire, dit-il,
qu'il t'aduienne iamais tant de mal, que tu entendes ces choses là,
mieux que moy. Vn Roy doit pouuoir respondre, comme Iphicrates1
respondit à l'orateur qui le pressoit en son inuectiue de cette maniere:
Et bien qu'es-tu, pour faire tant le braue? es-tu homme
d'armes, es-tu archer, es-tu piquier? Ie ne suis rien de tout cela,
mais ie suis celuy qui sçait commander à tous ceux-là. Et Antisthenes
print pour argument de peu de valeur en Ismenias, dequoy on•
le vantoit d'estre excellent ioüeur de flustes. Ie sçay bien, quand
i'oy quelqu'vn, qui s'arreste au langage des Essais, que i'aimeroye
mieux, qu'il s'en teust. Ce n'est pas tant esleuer les mots, comme
deprimer le sens: d'autant plus picquamment, que plus obliquement.
Si suis-ie trompé si guere d'autres donnent plus à prendre en2
la matiere: et comment que ce soit, mal ou bien, si nul escriuain l'a
semée, ny guere plus materielle, ny au moins plus drue, en son
papier. Pour en ranger d'auantage, ie n'en entasse que les testes.
Que i'y attache leur suitte, ie multiplieray plusieurs fois ce volume.
Et combien y ay-ie espandu d'histoires, qui ne disent mot, lesquelles•
qui voudra esplucher vn peu plus curieusement, en produira
infinis Essais? Ny elles, ny mes allegations, ne seruent pas tousiours
simplement d'exemple, d'authorité ou d'ornement. Ie ne les regarde
pas seulement par l'vsage, que i'en tire. Elles portent souuent,
hors de mon propos, la semence d'vne matiere plus riche et plus3
hardie: et souuent à gauche, vn ton plus delicat, et pour moy, qui
n'en veux en ce lieu exprimer d'auantage, et pour ceux qui rencontreront
mon air. Retournant à la vertu parliere, ie ne trouue pas
grand choix, entre ne sçauoir dire que mal, on ne sçauoir rien que
bien dire. Non est ornamentum virile, concinnitas. Les Sages disent,•
que pour le regard du sçauoir, il n'est que la philosophie, et pour
le regard des effects, que la vertu, qui generalement soit propre à
tous degrez, et à tous ordres. Il y a quelque chose de pareil en
ces autres deux philosophes: car ils promettent aussi eternité aux
lettres qu'ils escriuent à leurs amis. Mais c'est d'autre façon, et
s'accommodans pour vne bonne fin, à la vanité d'autruy. Car ils leur•
mandent, que si le soing de se faire cognoistre aux siecles aduenir,
et de la renommée les arreste encore au maniement des affaires,
et leur fait craindre la solitude et la retraite, où ils les veulent appeller;
qu'ils ne s'en donnent plus de peine: d'autant qu'ils ont
assez de credit auec la posterité, pour leur respondre, que ne fust1
que par les lettres qu'ils leur escriuent, ils rendront leur nom aussi
cogneu et fameux que pourroient faire leurs actions publiques. Et
outre cette difference; encore ne sont-ce pas lettres vuides et descharnées,
qui ne se soustiennent que par vn delicat chois de mots,
entassez et rangez à vne iuste cadence; ains farcies et pleines de•
beaux discours de sapience, par lesquelles on se rend non plus
eloquent, mais plus sage, et qui nous apprennent non à bien dire,
mais à bien faire. Fy de l'eloquence qui nous laisse enuie de soy,
non des choses. Si ce n'est qu'on die que celle de Cicero, estant en
si extreme perfection, se donne corps elle mesme. I'adiousteray2
encore vn compte que nous lisons de luy, à ce propos, pour nous
faire toucher au doigt son naturel. Il auoit à orer en public, et
estoit vn peu pressé du temps, pour se preparer à son aise: Eros,
l'vn de ses serfs, le vint aduertir, que l'audience estoit remise au
lendemain: il en fut si aise, qu'il luy donna liberté pour cette bonne•
nouuelle. Sur ce subiect de lettres, ie veux dire ce mot; que c'est
vn ouurage, auquel mes amis tiennent, que ie puis quelque chose.
Et eusse prins plus volontiers cette forme à publier mes verues, si
i'eusse eu à qui parler. Il me falloit, comme ie l'ay eu autrefois, vn
certain commerce, qui m'attirast, qui me soustinst, et sousleuast.3
Car de negocier au vent, comme d'autres, ie ne sçauroy, que de
songe: ny forger des vains noms à entretenir, en chose serieuse:
ennemy iuré de toute espece de falsification. I'eusse esté plus attentif,
et plus seur, ayant vne addresse forte et amie, que regardant
les diuers visages d'vn peuple: et suis deçeu, s'il ne m'eust mieux•
succedé. I'ay naturellement vn stile comique et priué. Mais c'est d'vne
forme mienne, inepte aux negotiations publiques, comme en toutes
façons est mon langage, trop serré, desordonné, couppé, particulier.
Et ne m'entens pas en lettres ceremonieuses, qui n'ont autre
substance, que d'vne belle enfileure de paroles courtoises. Ie n'ay•
ny la faculté, ny le goust de ces longues offres d'affection et de
seruice. Ie n'en crois pas tant; et me desplaist d'en dire guere,
outre ce que i'en crois. C'est bien loing de l'vsage present: car il
ne fut iamais si abiecte et seruile prostitution de presentations: la
vie, l'ame, deuotion, adoration, serf, esclaue, tous ces mots y courent1
si vulgairement, que quand ils veulent faire sentir vne plus
expresse volonté et plus respectueuse, ils n'ont plus de maniere
pour l'exprimer. Ie hay à mort de sentir au flateur. Qui faict que
ie me iette naturellement à vn parler sec, rond et cru, qui tire à
qui ne me cognoit d'ailleurs, vn peu vers le desdaigneux. I'honnore•
le plus ceux que i'honnore le moins: et où mon ame marche d'vne
grande allegresse, i'oublie les pas de la contenance: et m'offre
maigrement et fierement, à ceux à qui ie suis: et me presente moins,
à qui ie me suis le plus donné. Il me semble qu'ils le doiuent lire
en mon cœur, et que l'expression de mes paroles, fait tort à ma2
conception. A bienuienner, à prendre congé, à remercier, à salüer,
à presenter mon seruice, et tels compliments verbeux des loix ceremonieuses
de nostre ciuilité, ie ne cognois personne si sottement
sterile de langage que moy. Et n'ay iamais esté employé à faire des
lettres de faueur et recommendation, que celuy pour qui c'estoit,•
n'aye trouuées seches et lasches. Ce sont grands imprimeurs de
lettres, que les Italiens, i'en ay, ce crois-ie, cent diuers volumes.
Celles de Annibale Caro me semblent les meilleures. Si tout le papier
que i'ay autresfois barbouillé pour les dames, estoit en nature,
lors que ma main estoit veritablement emportée par ma passion, il3
s'en trouueroit à l'aduenture quelque page digne d'estre communiquée
à la ieunesse oysiue, embabouinée de cette fureur. I'escrits
mes lettres tousiours en poste, et si precipiteusement, que quoy
que ie peigne insupportablement mal, i'ayme mieux escrire de ma
main, que d'y en employer vn' autre, car ie n'en trouue point qui•
me puisse suiure, et ne les transcrits iamais. I'ay accoustumé les
grands, qui me cognoissent, à y supporter des litures et des trasseures,
et vn papier sans plieure et sans marge. Celles qui me coustent
le plus, sont celles qui valent le moins. Depuis que ie les traine,
c'est signe que ie n'y suis pas. Ie commence volontiers sans proiect;
le premier traict produit le second. Les lettres de ce temps, sont•
plus en bordures et prefaces, qu'en matiere. Comme i'ayme mieux
composer deux lettres, que d'en clorre et plier vne; et resigne tousiours
cette commission à quelque autre: de mesme quand la matiere
est acheuée, ie donrois volontiers à quelqu'vn la charge d'y
adiouster ces longues harangues, offres, et prieres, que nous logeons1
sur la fin, et desire que quelque nouuel vsage nous en descharge.
Comme aussi de les inscrire d'vne legende de qualitez et
tiltres, pour ausquels ne broncher, i'ay maintesfois laissé d'escrire,
et notamment à gens de iustice et de finance. Tant d'innouations
d'offices, vne si difficile dispensation et ordonnance de diuers noms•
d'honneur; lesquels estans si cherement achetez, ne peuuent estre
eschangez, ou oubliez sans offence. Ie trouue pareillement de mauuaise
grace, d'en charger le front et inscription des liures, que
nous faisons imprimer.

CHAPITRE XL. [(TRADUCTION LIV. I, CH. XL.)]
Que le goust des biens et des maux despend en bonne
partie de l'opinion que nous en auons.