Dans l’emploi de ne... pas, l’un de ces deux mots est souvent omis: Affin que ie ne parle de luy;—Est-ce pas faire vne muraille sans pierre.

Ainsin mis pour ainsi devant un mot commençant par une voyelle: ainsin il aduint;—en pareil cas on trouve également ains: ains instruire.

L’affixe privatif in ou im est employé avec nombre de mots qui ne le comportent plus aujourd’hui: ineloquent; impremeditement (sans préméditation).

Orthographe.—La différence d’orthographe entre l’édition de 1588 et celle de l’ex. de Bordeaux d’une part, et l’orthographe de l’édition de 1595 de l’autre, est très sensible, surtout dans les additions de cette dernière qui se rapproche beaucoup plus de l’orthographe actuelle; elle se ressent très manifestement de la surveillance exercée par Mlle de Gournay sur l’impression de cette édition. Néanmoins, dans celle-ci, comme dans les précédentes, les fautes indéniables d’impression sont fort nombreuses; dans cette catégorie, nous rangeons entre autres les mots qui dans une même page se rencontrent avec des orthographes différentes, tels que enfants et enfans (III, 664, 1 et 9), plustot et plustost (III, 670, 12 et 15), et ils sont légion.

Certains mots que nous écrivons en deux ou plusieurs mots, avec ou sans trait d’union, s’écrivent en un seul et réciproquement: Dequoy, trestout, par ce que, bon-heur, bon heur.—Très marque du superlatif faisant indifféremment corps ou non, et dans ce dernier cas presque toujours uni à lui par un trait d’union, avec l’adjectif ou adverbe auquel il se rapporte: Tres-desagreable, tresdesagreable ou tres desagreable; tres-aduantageusement, tresaduantageusement ou tres aduantageusement.

Le même mot, souvent à peu d’intervalle, s’écrit de diverses façons: Dit, dy, dict, deit, dist;—conte, comte, compte;—rang, reng, ranc.

Lettres u et v employées l’une pour l’autre: v si la lettre est majuscule ou initiale d’un mot, u si elle est à l’intérieur: AV LECTEVR;—vn lieure.

Substitution de lettres et de diphtongues les unes aux autres: a pour e, et réciproquement: accidant, harengue;—c pour ch, pour q, pour s, cercher, donq, defence;—e pour ai: fresche;—f pour ph, orthografe;—g pour j, magesté;—i pour j, et réciproquement; lorsque deux i se suivent, le dernier se transforme alors en j: ie, Dij;—i pour é: cerimonie;—o pour ou: formi;—t pour c: antien;—s pour x: pris;—u pour o, pour eu et ou, et réciproquement: vmbre, rigur, concurre, receu;—y pour i, surtout à la fin des mots: yure, moy, luy;—ai mis pour a: Montaigne, compaignie;—eu pour u: seureté;—ie pour e: legier;—oi et oy pour ai: François, i’estois, i’estoys;—ou pour eu: treuue;—ui pour i: vuide, etc.

S, x, z employés indifféremment comme marque du pluriel: nos, noz; lois, loix.

Addition de lettres parasites provenant d’étymologie vraie ou fausse: b: fiebure;—c: plainct;—d: aduenture;—f: vifue;—g: cognoistre;—h: autheur;—l: tiltre;—n: besongne;—p: nopces;—s: mesme;—u: guain, etc.