Léonor s’était mariée deux fois: veuve de François de la Tour, elle avait épousé en secondes noces le vicomte de Gamaches; elle en eut une seconde fille, Marie; c’est par Marie de Gamaches, mariée à un de Lur Saluce, que s’est formée la descendance directe de Montaigne représentée aujourd’hui par les familles O’Kelly-Farrell, de Ségur, de Puységur et de Pontac. (Voir le tableau généalogique ci-contre).
GÉNÉALOGIE ET DESCENDANCE DE MONTAIGNE
| Ramon Eyquem (1402 à 1478), marié en 1449 Isabeau de Ferraignes. Acquéreur en 1477 du fief de Montaigne | |||||||||
| Pierre (1452-1480), n’a pas été marié. | |||||||||
| Peregrina, épouse de Lansac. | |||||||||
| Audeta, épouse Verteuil. | |||||||||
| Grimon Eyquem, né vers 1450, m. en 1519, marié à Jehanne du Four | |||||||||
| Thomas, dit M. de St-Michel, de ce qu’il était curé de cette paroisse, mort peu âgé. | |||||||||
| Pierre (minor), dit Seigneur de Gaujac, chanoine de Bordeaux, curé de Lahontan, m. à 67 ans. | |||||||||
| Raymond, seigneur de Bussaguet, conseiller au parlement de Bordeaux, m. vers 1567. | |||||||||
| Blanquine, épouse de Belcier. | |||||||||
| Jehanne, épouse Dugrain. | |||||||||
| Pierre Eyquem, escuyer, seigneur de Montaigne (1495 à 1568), marié en 1528 à Antoinette de Louppes, née de 1506 à 1510, morte, croit-on, vers 1601. | |||||||||
| Arnaud Pierre | } | aînés de Michel, morts en bas âge avant sa naissance. | |||||||
| Thomas, né en 1534, seigneur de Beauregard, protestant, épouse en secondes noces Jacquette d’Arsac, belle-fille de La Boétie. | |||||||||
| Pierre, seigneur de la Brousse (1535 à 1597), ne semble pas avoir été marié. | |||||||||
| Jeanne, née en 1536, protestante, épouse Richard de Lestonna, conseiller au parlement de Bordeaux. | |||||||||
| Arnaud, dit capitaine St-Martin (1541 à 1564). | |||||||||
| Léonor, née en 1552, mariée à Thibaud de Camain, conseiller au parlement de Bordeaux. | |||||||||
| Marie, née en 1554, femme de Bernard de Cazalis. | |||||||||
| Bertrand, né en 1560, seigneur de Mattecoulom, mort sans postérité, ne semble pas avoir été marié. | |||||||||
| MICHEL, seigneur de MONTAIGNE (1533 à 1592), auteur des Essais. Ép. en 1565 Françoise de la Chassaigne (1544 à 1627); en a six filles, dont cinq meurent avant l’âge d’un an. | |||||||||
| Léonor de Montaigne, (1571 à 1616). | |||||||||
| En 1590, François de Latour (m. en 1594). | |||||||||
| 1.—Françoise de Latour (1591 à 1613). Épouse en 1600 Honoré de Lur (1594 à 1660) (elle avait 9 ans et son mari en avait 6) | |||||||||
| Charles de Lur (vicomte d’Oreillan) (1612 à 1639). Tué au siège de Salces (Roussillon). Mort sans postérité. | |||||||||
| En 1608, le vicomte de Gamaches[a] | |||||||||
| 2.—Marie de Gamaches (1610 à 1683). Épouse en 1627 Louis de Lur, Baron de Fargues (m. en 1696) | |||||||||
| Honoré de Lur et Louis de Lur, qui étaient frères, ont épousé les deux sœurs utérines. | 1 Charles-François (1638 à 1669), mort sans postérité. | ||||||||
| 2 Philbert, né en 1640, sans autre renseignement. | |||||||||
| 3 Marguerite, épouse L. de Laneau, m. sans enfants. | |||||||||
| 4 Jeanne, épouse L. de Saint-Jean[]. | |||||||||
| 5 Claude-Madeleine, épouse L. de Ségur[c]. | |||||||||
[a] A partir de 1622 où, remarié, il quitte Montaigne et se retire dans ses terres, sa trace se perd.
[] De Jeanne de Gamaches, descendent les O’Kelly-Farrell, les Farrell et les Puységur.
[c] De Claude-Madeleine descendent les Ségur-Montaigne et les Pontac.
En outre de la traduction de la «Théologie naturelle» de Sebond et des Essais, on a encore de Montaigne: quelques traductions d’ouvrages grecs et latins accompagnées de dédicaces, quelques poésies en latin et en français, le journal de ses voyages, trouvé dans un grenier de son manoir, publié pour la première fois en 1774 et dont le manuscrit a disparu, une éphémeride assez succincte, enfin quelques lettres: une d’elles à son père, sur la mort de La Boétie, est assez étendue et mérite attention; les autres sont sans importance.
On lui a attribué la rédaction d’instructions, rédigées en 1563, par Catherine de Médicis, à l’adresse de Charles IX qui venait d’atteindre sa majorité; il y a tout lieu de croire qu’il y est complètement étranger, et qu’elles ont été dictées par la reine à un homonyme de Montaigne remplissant auprès d’elle les fonctions de secrétaire, le même probablement au profit duquel elle faisait délivrer en 1586 une ordonnance de paiement de 150 écus, que l’on a retrouvée, «pour renouveler un des chevaux de sa charriote et acheter quelques hardes qui lui sont nécessaires».
Mais tout ce qui a trait à l’auteur des Essais s’efface devant l’éclat de cette œuvre capitale; par elle, la mémoire de Montaigne rayonne d’une gloire qui se maintient en ces temps où tout va passant si rapidement: sa statue orne le principal site de Périgueux; il existe de lui de nombreux bustes et portraits; en bien des villes, des lycées, des promenades, des avenues, des rues portent son nom; pendant la Révolution française il a été le sujet d’une comédie; son éloge a été mis au concours, et innombrables sont les ouvrages et articles de littérature, critiques et autres, dont il a été l’objet. Par-dessus tout, son livre traduit à l’étranger en plusieurs langues, sans cesse réédité en France à toutes époques, introduit par extraits dans l’enseignement, lui a donné l’immortalité en ce monde.
Bien que passant trop légèrement sur le scepticisme confinant à l’égoïsme qui est le fond de cette existence et la flattant un peu, Villemain dans son panégyrique de Montaigne l’a très heureusement résumée et appréciée: «Sa vie, dit-il, offre peu d’événements: elle ne fut point agitée; c’est le développement paisible d’un caractère aussi noble que droit. La tendresse filiale, l’amitié occupèrent ses plus belles années. Il voyagea, n’étant plus jeune, et n’ayant plus besoin d’expérience; mais son âme, nourrie si longtemps du génie antique, retrouva de l’enthousiasme à la vue des ruines de Rome.—Malgré son éloignement pour les honneurs et les emplois, élu par le suffrage volontaire de ses concitoyens, il remplit deux fois les fonctions de premier magistrat dans la ville de Bordeaux. Il était plus fait pour étudier les hommes que pour les gouverner: c’était l’objet où se portait naturellement son esprit; il s’en occupait toujours jusque dans le calme de la solitude et dans les loisirs de la vie privée.—Les fureurs de la guerre civile troublèrent quelquefois son repos; et sa modération, comme il arrive toujours, ne put lui servir de sauvegarde. Cependant ces orages même ne détruisirent pas son bonheur. C’est ainsi qu’il coula ses jours dans le sein des occupations qu’il aimait, libre et tranquille, élevé par sa raison au-dessus de tous les chagrins qui ne venaient point du cœur, attendant la mort sans la craindre, et voulant qu’elle le trouvât «occupé à bêcher son jardin et nonchalant d’elle».—Les «Essais» ne furent pour lui qu’un amusement facile, un jeu de son esprit et de sa plume. Heureux l’écrivain qui, rassemblant ses idées comme au hasard, et s’entretenant avec lui-même, sans songer à la postérité, se fait cependant écouter d’elle. On lira toujours avec plaisir ce qu’il a produit sans effort. Toutes les impressions de sa pensée, fixées à jamais par le style, passeront aux siècles à venir. Quel fut son secret? Il s’est mis tout entier dans son ouvrage; aussi en lui l’homme ne sera jamais séparé de l’écrivain, non plus que son caractère ne le sera de son talent.»