Si en cette amitié dequoy ie parle, l’vn pouuoit donner à l’autre, ce seroit celuy qui receuroit le bien-fait, qui obligeroit son compagnon, I, 312.

Depuis le iour que ie perdy mon amy, faict et accoustumé à estre deuxiesme par tout, il me semble n’estre plus qu’à demy, I, 316.

La memoire de noz amis perdus nous aggrée comme l’amer au vin trop vieil, II, 538.

Des enfans aux peres, c’est plustost respect. L’amitié se nourrit de communication, qui ne peut se trouuer entre eux, pour la trop grande disparité, et offenceroit à l’aduenture les deuoirs de nature, I, 298.

De comparer à l’amitié l’affection enuers les femmes, quoy qu’elle naisse de nostre choix, on ne peut. Son feu, ie le confesse, est plus actif, plus cuisant, et plus aspre. Mais c’est vn feu temeraire et volage, ondoyant et diuers, feu de fiebure, subiect à accez et remises, et qui ne nous tient qu’à vn coing, I, 300.

En ces autres amitiez communes, il faut marcher la bride à la main, auec prudence et precaution. Aymez le, disoit Chilon, comme ayant quelque iour à le haïr: haïssez le, comme ayant à l’aymer. Ce precepte si abominable en la souueraine et maistresse amitié, est salubre en l’vsage des amitiez ordinaires et coustumieres: à l’endroit desquelles il faut employer le mot d’Aristote, O mes amys, il n’y a nul amy, I, 310.

Ie tesmoigne volontiers de mes amis, par ce que i’y trouue de loüable. Et d’vn pied de valeur, i’en fay volontiers vn pied et demy. Mais de leur prester les qualitez qui n’y sont pas, ie ne puis: ny les defendre ouuertement des imperfections qu’ils ont, II, 514.

AMOUR.

L’amour est vne passion qui mesle à bien peu d’essence solide, beaucoup plus de vanité et resuerie fieureuse, III, 256.

Tout le mouuement du monde se resoult et rend à cet accouplage: c’est vne matiere infuse par tout: c’est vn centre où toutes choses regardent, III, 210.