ANIMAUX.

Tout ce qui nous semble estrange, nous le condamnons, et ce que nous n’entendons pas. Il nous aduient ainsin au iugement que nous faisons des bestes, II, 166.

Nous ne sommes ny au dessus, ny au dessous: tout ce qui est sous le ciel, dit le sage, court vne loy et fortune pareille. Il y a quelque difference, il y a des ordres et des degrez: mais c’est soubs le visage d’vne mesme nature, II, 150.

Pourquoy les priuons nous et d’ame, et de vie, et de discours? y auons nous recognu quelque stupidité immobile et insensible, nous qui n’auons aucun commerce auec eux que d’obeïssance? Dirons nous, que nous n’auons veu en nulle autre creature, qu’en l’homme, l’vsage d’vne ame raisonnable? Et quoy? Auons nous veu quelque chose semblable au soleil? Laisse-il d’estre, par ce que nous n’auons rien veu de semblable? et ses mouuements d’estre, par ce qu’il n’en est point de pareils? Si ce que nous n’auons pas veu, n’est pas, nostre science est merueilleusement raccourcie, II, 136.

Quant ie rencontre parmy les opinions plus moderées, les discours qui essayent à montrer la prochaine ressemblance de nous aux animaux: et combien ils ont de part à nos plus grands priuileges; et auec combien de vray-semblance on nous les apparie; certes i’en rabats beaucoup de nostre presomption, et me demets volontiers de cette royauté imaginaire, qu’on nous donne sur les autres creatures. Quand tout cela en seroit à dire, si y a il vn certain respect, qui nous attache, et vn general deuoir d’humanité, non aux bestes seulement, qui ont vie et sentiment, mais aux arbres mesmes et aux plantes. Nous deuons la iustice aux hommes, et la grace et la benignité aux autres creatures, qui en peuuent estre capables. Il y a quelque commerce entre elles et nous, et quelque obligation mutuelle, II, 108.

Nature leur a empreint le soing d’elles et de leur conseruation. Elles vont iusques-là, de craindre leur empirement: de se heurter et blesser: que nous les encheuestrions et battions, accidents subiects à leur sens et experience. Mais que nous les tuions, elles ne le peuuent craindre, ny n’ont la faculté d’imaginer et conclure la mort, III, 582.

Les naturels sanguinaires à l’endroit des bestes, tesmoignent vne propension naturelle à la cruauté, II, 104.

ART MILITAIRE.

La guerre est la plus grande et pompeuse des actions humaines, et tesmoignage de nostre imbecillité et imperfection, II, 176.

Ie tiens que c’est aux Roys proprement, de s’animer contre les Roys, III, 84.