Le tromper peut seruir à la guerre pour le coup: mais celuy seul se tient pour surmonté, qui sçait l’auoir esté ny par ruse, ny de sort, mais par vaillance de troupe à troupe, en vne franche et iuste guerre, I, 46.

Les victoires, qui se gaignent sans le maistre, ne sont pas completes. Ce maistre devroit rougir de honte, d’y pretendre part pour son nom, n’y ayant embesongné que sa voix et sa pensée. Ny cela mesme, veu qu’en telle besongne les aduis et commandemens, qui apportent l’honneur, sont ceux-là seulement, qui se donnent sur le champ, et au propre de l’affaire. Nul pilote n’exerce son office de pied ferme, II, 544.

Au mestier de la guerre, les apprentis se iettent bien souuent aux hazards, d’autre inconsideration qu’ils ne font apres y auoir esté eschauldez, II, 94.

Arrester son armée pied coy attendant l’ennemy: autant cela affoiblit la violence, que le courir donne aux premiers coups: et quant et quant oste l’eslancement des combattans les vns contre les autres, qui a accoustumé de les remplir d’impetuosité, et de fureur, plus qu’autre chose, quand ils viennent à s’entrechocquer de roideur, leur augmentant le courage par le cry et la course: et rend la chaleur des soldats en maniere de dire refroidie et figée.—Mais on peut aussi bien dire qu’au contraire la plus forte et roide assiette, est celle en laquelle on se tient planté sans bouger, et que qui est en sa marche arresté, resserrant et espargnant pour le besoing, sa force en soy-mesmes, a grand aduantage contre celuy qui est esbranlé, et qui a desia consommé à la course la moitié de son haleine? outre ce que l’armée estant vn corps de tant de diuerses pieces, il est impossible qu’elle s’esmeuue en cette furie, d’vn mouuement si iuste, qu’elle n’en altere ou rompe son ordonnance: et que le plus dispost ne soit aux prises, auant que son compagnon le secoure.—Clearchus commandant les Grecs, les menoit tout bellement à la charge, sans se haster: mais à cinquante pas pres, il les mettoit à la course: esperant par la brieueté de l’espace, mesnager et leur ordre, et leur haleine: leur donnant cependant l’auantage de l’impetuosité, pour leurs personnes, et pour leurs armes à trait. D’autres ont reglé ce doubte en leur armée de cette maniere: Si les ennemis vous courent sus, attendez les de pied coy: s’ils vous attendent de pied coy, courez leur sus, I, 524.

Attendre l’ennemi en ses terres c’est auantage, de conseruer sa maison pure et nette des troubles de la guerre, afin qu’entiere en ses forces, elle puisse continuellement fournir deniers, et secours au besoing: la necessité des guerres porte à tous les coups, de faire le gast, ce qui ne se peut faire bonnement en nos biens propres, et si le païsant ne porte pas si doucement ce rauage de ceux de son party, que de l’ennemy, il s’en peut aysément allumer des seditions, et des troubles: la licence de desrober et piller, qui ne peut estre permise en son païs, est vn grand support aux ennuis de la guerre: et qui n’a autre esperance de gain que sa solde, il est mal aisé qu’il soit tenu en office, estant à deux pas de sa femme et sa retraicte: celuy qui met la nappe, tombe tousiours des despens; il y a plus d’allegresse à assaillir qu’à deffendre: la secousse de la perte d’vne battaille dans nos entrailles, est si violente, qu’il est malaisé qu’elle ne croulle tout le corps, attendu qu’il n’est passion contagieuse, comme celle de la peur, ny qui se prenne si aisément à credit, et qui s’espande plus brusquement: et les villes qui ont ouy l’esclat de cette tempeste à leurs portes, qui ont recueilly leurs Capitaines et soldats tremblans encore, et hors d’haleine, il est dangereux sur la chaude, qu’ils ne se iettent à quelque mauuais party.—De voir venir l’ennemy, on peut imaginer au contraire, qu’estant chez soy et entre ses amis, on ne peut faillir d’auoir planté de toutes commoditez; les riuieres, les passages à vostre deuotion, vous conduiront et viures et deniers, en toute seureté et sans besoing d’escorte: on aura ses populations d’autant plus affectionnez, qu’elles auront le danger plus pres: qu’ayant tant de villes et de barrieres pour sa seureté, c’est à soy de donner loy au combat, selon son opportunité et aduantage: et s’il plaisoit de temporiser, à l’abry et à son aise, on pourra voir morfondre son ennemy, et se deffaire soy mesme, par les difficultez qui le combattroyent engagé en vne terre contraire, où il n’auroit deuant ny derriere luy, ny à costé, rien qui ne luy fist guerre: nul moyen de rafraichir ou d’eslargir son armée, si les maladies s’y mettoient, ny de loger à couuert ses blessez; nuls deniers, nuls viures, qu’à pointe de lance; nul loisir de se reposer et prendre haleine; nulle science de lieux, ny de pays, qui le sceust deffendre d’embusches et surprises: et s’il venoit à la perte d’vne bataille, aucun moyen d’en sauuer les reliques.—Et il n’y a pas faute d’exemples pour l’vn et pour l’autre party, I, 526.

Qui est ouuert d’vn costé, l’est par tout. Noz peres ne penserent pas à bastir des places frontieres, II, 438.

Ce n’est pas bien procedé, de recognoistre seulement le flanc et le fossé: pour iuger de la seureté d’vne place, il faut voir, par où on y peut venir, en quel estat est l’assaillant, III, 404.

Celuy qui commande à tout vn pays ne se doit iamais engager qu’au cas de cette extremité, qu’il y allast de sa derniere place, et qu’il n’y eust rien plus à esperer qu’en la deffence d’icelle. Autrement il se doit tenir libre, pour auoir moyen de prouuoir en général à toutes les parties de son gouuernement, II, 656.

A le bien prendre, il est vray-semblable, que le corps d’vne armée doit auoir vne grandeur moderée, et reglée à certaines bornes, soit pour la difficulté de la nourrir, soit pour la difficulté de conduire et tenir en ordre. Aumoins est il bien aisé à verifier par exemple, que les armées monstrueuses en nombre, n’ont guere rien fait qui vaille. Ce n’est pas le nombre des hommes, ains le nombre des bons hommes, qui faict l’aduantage: le demeurant seruant plus de destourbier que de secours, II, 656.

Ceux qui assaillent, doiuent penser à entreprendre, non pas à craindre, II, 56.