Montaigne, les Essais et Henri III, N. II, 524, [Autheur].

La première édition des Essais parut en 1580.

Cette édition, imprimée à Bordeaux, ne comprenait que les deux premiers livres, chacun formant un volume in-8o dont l’impression n’est pas faite avec les mêmes caractères pour tous deux; les citations y sont peu nombreuses; les sonnets de La Boétie, objet du ch. 28 du livre Ier, y figurent.

En 1582, Montaigne en publiait une seconde édition, revue et augmentée, mais toujours réduite à ses deux premiers livres, renfermés cette fois en un seul volume in-8o.

En 1587, troisième édition, celle-ci du format in-12; la ponctuation y est améliorée, d’assez nombreuses corrections de style et quelques phrases remaniées.

Ces trois premières éditions sont devenues fort rares; dans diverses ventes publiques du siècle dernier, des exemplaires de la première ont été vendus: 527, 515, 645, 1.050 et jusqu’à 2.060 francs; un de la seconde a dépassé 200 francs, un de la troisième a atteint près de 500 francs.

Enfin en 1588, autre édition, in-4o cette fois, qui, d’après son titre, serait la cinquième. La quatrième n’existe pas; on pense qu’elle avait pu être publiée dans l’intervalle en Angleterre, ou encore en France, le privilège de l’imprimeur de l’édition précédente étant expiré; mais on manque de données précises à cet égard. Imprimée à Paris, l’édition de 1588 se trouve, toujours d’après le titre même de l’ouvrage, augmentée d’un troisième livre et de six cents additions aux deux premiers; la pagination du dernier livre y est distincte de celle des deux autres; les additions introduites interrompent déjà assez fréquemment le texte primitif et l’alourdissent parfois.

Cette édition est la dernière publiée du vivant de Montaigne, qui mourut encore occupé à en préparer une nouvelle. Les rapports qui s’étaient établis entre lui et le poète Pierre de Brach d’une part et Mlle de Gournay de l’autre, lors de l’impression de l’édition de 1588 à laquelle ils semblent s’être intéressés, firent que naturellement, et peut-être aussi sur sa recommandation, Françoise de la Chassaigne sa veuve, résolue à donner suite aux intentions de son mari, s’adressa à eux pour l’y aider.

Montaigne consignait toutes les modifications et additions qu’il projetait sur un exemplaire de l’édition de 1588, y joignant des notes détachées. Pierre de Brach reçut mission de les transcrire, en les mettant au net sur un autre exemplaire, qu’il adressa à Mlle de Gournay chargée d’en surveiller l’impression. Tous deux s’acquittèrent avec conscience et promptitude de leurs tâches respectives; moins de trois ans après la mort de l’auteur, l’édition nouvelle, portant la date de 1595, était livrée au public.

Cette édition, in-folio, est d’un tiers plus considérable que la précédente. Comparée à l’exemplaire annoté de la main de Montaigne qui, conservé par la famille, a ensuite appartenu aux Feuillants et se trouve actuellement à la Bibliothèque publique de Bordeaux, l’orthographe en est plus simple, la ponctuation établie de manière à n’avoir que de très courtes phrases, et dans les cas très rares où les deux textes diffèrent, les divergences, toutes de forme, ne consistent guère qu’en quelques termes adoucis, quelques expressions moins primesautières, des mots ajoutés, retranchés ou modifiés pour rectifier des incorrections de style, ce qu’immanquablement l’auteur eût opéré lui-même, avant de livrer son travail au public, témoignant de la part de ses exécuteurs testamentaires de la fidélité la plus absolue.—Qu’eût été cette édition si elle avait été publiée du vivant de l’auteur? Nul ne le saurait dire; immanquablement, jusqu’au dernier moment, il eût fait encore des modifications aux notes d’après lesquelles celle-ci a été établie (sur l’exemplaire de Bordeaux, Montaigne écrit et raye trois fois avant de l’admettre la citation: Ille beatus.... [Vol. I, pag. 484, lig. 25]; rien ne prouve que finalement il l’eût maintenue), de telle sorte que le texte définitif des Essais n’ayant pas existé, ne sera jamais connu.