Il est à observer que par le fait d’une omission qui n’a pas été constatée à temps, cette édition ne porte pas l’Avis au lecteur qui devrait figurer en tête; par contre, elle est précédée d’une préface assez étendue et par trop apologétique de Mlle de Gournay qui l’a dotée en outre d’une table analytique assez détaillée; enfin par suite d’une mention bien ou mal interprétée, inscrite sur le manuscrit de Bordeaux, les sonnets de La Boétie n’y sont pas reproduits.—Quant à l’exemplaire qui a servi de copie, il n’existe plus; il semble avoir été détruit, aussitôt l’impression achevée.
Mlle de Gournay, sa fille d’alliance comme il l’appelait et titre dont elle aimait à se parer, s’était donnée de toute son âme à Montaigne et à son œuvre; postérieurement à l’édition de 1595, elle en a publié nombre d’autres (une dizaine environ), dérivant toutes de celle-ci; entre autres:
Une en 1608, portant en marge des sommaires, forcément réduits à quelques mots; ce qui avait déjà été réalisé, dès 1595, à Lyon, dans une réédition de celle de 1588.
Une en 1611, où elle donne l’indication de la plupart des sources où Montaigne a pris ses citations.
Une en 1617, qui présente la traduction de toutes ces mêmes citations.
Enfin la magnifique édition in-folio de 1635, dédiée au cardinal de Richelieu, dont la libéralité avait aidé à la publication. Pour la première fois, figure au frontispice de l’ouvrage la devise de Montaigne: «Que sçais-je», avec la balance. La préface est celle de l’édition-mère, notablement augmentée et corrigée. Le texte présente parfois avec celui de l’édition de 1595 de légères différences; certains changements y ont été malencontreusement apportés, sur la demande expresse des imprimeurs, pour rajeunir le style et rendre l’ouvrage plus facile à lire.
Depuis, les éditions des Essais n’ont cessé de se succéder. Le docteur Payen, mort en 1870, qui s’était adonné avec passion à Montaigne et à tout ce qui s’y rattache, en possédait cent trente-six, dont une vingtaine en langue allemande, anglaise, hollandaise et italienne, et sa collection, aujourd’hui propriété de la Bibliothèque nationale, n’était pas complète; leur nombre s’accroît chaque jour.
Parmi elles, nous citerons:
Deux éditions données de 1724 à 1725 et enrichies de notes nombreuses par Pierre Coste qui, lui aussi, a pris pour base l’édition de 1595, mais en en rajeunissant l’orthographe.
Une édition de Naigeon, également annotée par lui, stéréotypée par Firmin-Didot, portant la date de 1802 et imparfaitement établie d’après le manuscrit de Bordeaux, et en outre en en altérant l’orthographe.