I’ay souuent ouy dire, que la coüardise est mere de la cruauté: et si ay par experience apperçeu, que cette aigreur, et aspreté de courage malitieux et inhumain, s’accompagne coustumierement de mollesse feminine. I’en ay veu des plus cruels, subiets à pleurer aiséement, et pour des causes friuoles, II, 568.
Les premieres cruautez s’exercent pour elles mesmes, de là s’engendre la crainte d’vne iuste reuauche, qui produict apres vne enfileure de nouuelles cruautez, pour les estouffer les vnes par les autres, II, 580.
La vaillance de qui c’est l’effect de s’exercer seulement contre la resistance, s’arreste à voir l’ennemy à sa mercy. La pusillanimité, pour dire qu’elle est aussi de la feste, n’ayant peu se mesler à ce premier rolle, prend pour sa part le second, du massacre et du sang, II, 568.
DEVOIR.
Il ne faut pas laisser au iugement de chacun la cognoissance de son deuoir: il le luy faut prescrire, non pas le laisser choisir à son discours: autrement selon l’imbecillité et varieté infinie de nos raisons et opinions, nous nous forgerions en fin des deuoirs, qui nous mettroient à nous manger les vns les autres, II, 202.
DÉVOTION (Dieu, prières).
Il ne faut mesler Dieu en nos actions qu’auecque reuerence et attention pleine d’honneur et de respect, I, 584.
Nous deuons plus rarement le prier: d’autant qu’il n’est pas aisé, que nous puissions si souuent remettre nostre ame, en cette assiette reglée, reformée, et deuotieuse, où il faut qu’elle soit pour ce faire: autrement nos prieres ne sont pas seulement vaines et inutiles, mais vitieuses. Pardonne nous, disons nous, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offencez. Que disons nous par là, sinon que nous luy offrons nostre ame exempte de vengeance et de rancune? Toutesfois nous inuoquons Dieu et son ayde, au complot de nos fautes, et le conuions à l’iniustice. L’auaricieux le prie pour la conseruation vaine et superflue de ses thresors: l’ambitieux pour ses victoires, et conduite de sa fortune: le voleur l’employe à son ayde, pour franchir le hazard et les difficultez, qui s’opposent à l’execution de ses meschantes entreprinses: ou le remercie de l’aisance qu’il a trouué à desgosiller vn passant. Au pied de la maison, qu’ils vont escheller ou petarder, ils font leurs prieres, l’intention et l’esperance pleine de cruauté, de luxure, et d’auarice, I, 590.
Aux vices leur heure, son heure à Dieu, comme par compensation et composition, I, 582.
Il semble, à la verité, que nous nous seruons de nos prieres, comme d’vn iargon, et comme ceux qui employent les paroles sainctes et diuines à des sorcelleries et effects magiciens: et que nous facions nostre compte que ce soit de la contexture, ou son, ou suitte des motz, ou de nostre contenance, que depende leur effect. Car ayans l’ame pleine de concupiscence, non touchée de repentance, ny d’aucune nouuelle reconciliation enuers Dieu, nous luy allons presenter ces parolles que la memoire preste à nostre langue: et esperons en tirer vne expiation de nos fautes, I, 592.