MŒURS.

La moins dedeignable condition de gents, me semble estre, celle qui par simplesse tient le dernier rang: et nous offrir vn commerce plus reglé. Les mœurs et les propos des paysans, ie les trouue communement plus ordonnez selon la prescription de la vraye philosophie, que ne sont ceux de noz philosophes, II, 518.

Ceux qui ont essaié de r’auiser les mœurs du monde, de mon temps, par nouuelles opinions, reforment les vices de l’apparence, ceux de l’essence ils les laissent là, s’ils ne les augmentent. Et l’augmentation y est à craindre, III, 120.

Toute estrangeté et particularité en noz mœurs et conditions est euitable, comme ennemie de societé, I, 268.

On dict bien vray, qu’vn honneste homme, c’est vn homme meslé, III, 454.

Entre nous, ce sont choses en ce monde que i’ay tousiours veuës de singulier accord: les opinions supercelestes, et les mœurs sousterraines, III, 702.

MONDE.

Si nous voyions autant du monde, comme nous n’en voyons pas, nous apperceurions, comme il est à croire, vne perpetuelle multiplication et vicissitude de formes. Il n’y a rien de seul et de rare, eu esgard à Nature, ouy bien eu esgard à nostre cognoissance, III, 304.

Quand tout ce qui est venu par rapport du passé, iusques à nous, seroit vray, et seroit sçeu par quelqu’vn, ce seroit moins que rien, au prix de ce qui est ignoré, III, 304.

MONTAIGNE (MÉNAGE, MORT, ETC.).