Nous nous soustrayons si volontiers du commandement sous quelque pretexte, et vsurpons sur la maistrise: chascun aspire si naturellement à la liberté et authorité, qu’au superieur nulle vtilité ne doibt estre si chere, venant de ceux qui le seruent, comme luy doit estre chere leur simple et naifue obeissance, I, 96.
On corrompt l’office du commander, quand on y obeit par discretion, non par subiection. Pourtant cette obeïssance si contreinte, n’appartient qu’aux commandements precis et prefix. I’ay veu en mon temps des personnes du commandement, reprins d’auoir plustost obey aux paroles des lettres du Roy, qu’à l’occasion des affaires qui estoient pres d’eux, I, 96.
ODEURS.
La commune façon des corps et la meilleure condition qu’ils ayent, c’est d’estre exempts de senteur. La douceur mesme des haleines plus pures, n’a rien de plus parfaict, que d’estre sans aucune odeur, qui nous offence: comme sont celles des enfans bien sains. La plus exquise senteur d’vne femme, c’est ne sentir rien, I, 574.
Les medecins pourroient, ce crois-ie, tirer des odeurs, plus d’vsage qu’ils ne font: car i’ay souuent apperçeu qu’elles me changent, et agissent en mes esprits, selon qu’elles sont, I, 576.
OPINION.
L’opinion est vne puissante partie, hardie, et sans mesure, I, 462.
Il se faut garder de s’attacher aux opinions vulgaires, et les faut iuger par la voye de la raison, non par la voix commune, I, 354.
Quasi toutes les opinions que nous auons, sont prinses par authorité et à credit, III, 546.
Nos opinions s’entent les vnes sur les autres. La premiere sert de tige à la seconde: la seconde à la tierce. Nous eschellons ainsi de degré en degré. Et aduient de là, que le plus monté, a souuent plus d’honneur, que de merite. Car il n’est monté que d’vn grain, sur les espaules du penultime, III, 608.