Combien y a il d’arts, qui font profession de consister en la coniecture, plus qu’en la science? qui ne decident pas du vray et du faulx, et suiuent seulement ce qu’il semble? II, 236.

Nous en valons bien mieux, de nous laisser manier sans inquisition, à l’ordre du monde. Vne ame garantie de preiugé, a vn merueilleux auancement vers la tranquillité, II, 236.

Nous disons que Dieu craint, que Dieu se courrouce, que Dieu aime, ce sont toutes agitations et esmotions, qui ne peuuent loger en Dieu selon nostre forme, ny nous l’imaginer selon la sienne, II, 224.

C’est vne estrange fantasie, de vouloir payer la bonté diuine, de nostre affliction. Ioint que ce n’est pas au criminel de se faire fouëter à sa mesure, et à son heure: ce qui vient à gré à celuy qui le souffre, ne se peut attribuer à punition, II, 266.

Le Sainct liure des sacrez mysteres de nostre creance n’est pas l’estude de tout le monde: c’est l’estude des personnes qui y sont vouées, que Dieu y appelle. Les meschans, les ignorants s’y empirent. Ce n’est pas vne histoire à compter: c’est vne histoire à reuerer, craindre et adorer. L’ignorance pure, et remise toute en autruy, estoit bien plus salutaire et plus sçauante, que n’est cette science verbale, et vaine, nourrice de presomption et de temerité, I, 584.

Des esprits simples, moins curieux et moins instruits, il s’en fait de bons Chrestiens, qui par reuerence et obeissance, croyent simplement, et se maintiennent sous les loix. Les grands esprits plus rassis et clairuoyans, font un autre genre de bien croyans: lesquels par longue et religieuse inuestigation, penetrent vne plus profonde et abstruse lumiere, és escritures, et sentent le mysterieux et diuin secret de nostre police ecclesiastique. En la moyenne vigueur des esprits, et moyenne capacité, s’engendre l’erreur des opinions: ils suiuent l’apparence du premier sens, I, 570.

Nous ne receuons nostre religion non autrement que comme les autres religions se reçoiuent. Nous nous sommes rencontrez au pays, où elle estoit en vsage, ou nous regardons son ancienneté, ou l’authorité des hommes qui l’ont maintenuë, ou craignons les menaces qu’elle attache aux mécreants ou suyuons ses promesses. Nous sommes Chrestiens à mesme tiltre que nous sommes ou Perigordins ou Alemans, II, 122.

Plaisante foy, qui ne croid ce qu’elle croid, que pour n’auoir le courage de le descroire, II, 124.

Nous deurions auoir honte, qu’és sectes humaines il ne fut iamais partisan, quelque difficulté et estrangeté que maintinst sa doctrine, qui n’y conformast aucunement ses deportemens et sa vie: et vne si diuine et celeste institution ne marque les Chrestiens que par la langue, II, 116.

Si nous tenions à Dieu par l’entremise d’vne foy viue: si nous tenions à Dieu par luy, non par nous: si nous auions vn pied et vn fondement diuin, les occasions humaines n’auroient pas le pouuoir de nous esbranler, comme elles ont, II, 116.