SECRETS.

I’euite de prendre les secrets d’autruy en garde, n’ayant pas bien le cœur de desaduouer ma science. Ie puis la taire, mais la nyer, ie ne puis sans effort et desplaisir. Pour estre bien secret, il le faut estre par nature, non par obligation, III, 188.

SENS (DES).

La premiere consideration que i’ay sur le subiect des sens, est que ie mets en doubte que l’homme soit prouueu de tous sens naturels. Ie voy plusieurs animaux, qui viuent vne vie entiere et parfaicte, les vns sans la veuë, autres sans l’ouye: qui sçait si à nous aussi il ne manque pas encore vn, deux, trois, et plusieurs autres sens? Car s’il en manque quelqu’vn, nostre discours n’en peut découurir le défaut, II, 390.

Il est impossible de faire conceuoir à vn homme naturellement aueugle, qu’il n’y void pas, impossible de luy faire desirer la veuë et regretter son defaut. Que sçait-on si à faute de quelque sens, la plus part du visage des choses nous soit caché? Si les difficultez que nous trouuons en plusieurs ouurages de Nature, viennent de là? II, 390.

Les proprietez que nous appellons occultes en plusieurs choses, comme à l’aymant d’attirer le fer, n’est-il pas vraysemblable qu’il y a des facultez sensitiues en Nature propres à les iuger et à les apperceuoir, et que le defaut de telles facultez, nous apporte l’ignorance de la vraye essence de telles choses? II, 394.

Les sectes qui combatent la science de l’homme, elles la combatent principalement par l’incertitude et foiblesse de nos sens, II, 394.

Les sens sont le commencement et la fin de l’humaine cognoissance. Qu’on leur attribue le moins qu’on pourra, tousiours faudra il leur donner cela, que par leur voye et entremise s’achemine toute nostre instruction. La science commence par eux, et se resout en eux, II, 390.

De l’erreur et incertitude de l’operation des sens, chacun s’en peut fournir autant d’exemples qu’il luy plaira: tant les faultes et tromperies qu’ils nous font, sont ordinaires, II, 598.

Nous receuons les choses autres et autres selon que nous sommes, et qu’il nous semble. Pour iuger des apparences que nous receuons des subjects, il nous faudroit vn instrument iudicatoire: pour verifier cet instrument, il nous y faut de la demonstration: pour verifier la demonstration, vn instrument, nous voila au rouet, II, 408.