Ce n’est pas merueille que le hazard puisse tant sur nous, puis que nous viuons par hazard: à qui n’a dressé en gros sa vie à vne certaine fin, il est impossible de disposer les actions particulieres, I, 610.

Il faut estre tousiours botté et prest à partir, en tant que en nous est, et sur tout se garder qu’on n’aye lors affaire qu’à soy: car nous y aurons assez de besongne, sans autre surcrois, I, 118.

L’opinion qui desdaigne nostre vie, est ridicule: car en fin c’est nostre estre, c’est nostre tout. C’est de pareille vanité, que nous desirons estre autre chose, que ce que nous sommes, I, 634.

Nostre vie est partie en folie, partie en prudence. Qui n’en escrit que reueremment et regulierement, il en laisse en arriere plus de la moitié, III, 270.

Il y a tant de mauuais pas, que pour le plus seur, il faut vn peu legerement et superficiellement couler ce monde: et le glisser, non pas l’enfoncer. La volupté mesme, est douloureuse en sa profondeur, III, 488.

La carriere de noz desirs doit estre circonscripte, et restraincte, à vn court limite, des commoditez les plus proches et contigues, III, 498.

Le ieune doit faire ses apprests, le vieil en iouïr, disent les sages. Et le plus grand vice qu’ils remerquent en nous, c’est que noz desirs raieunissent sans cesse. Nous recommençons tousiours à viure, II, 586.

Nous sommes nés pour agir: ie veux qu’on agisse, et qu’on allonge les offices de la vie, tant qu’on peut: et que la mort me treuue plantant mes choux; mais nonchallant d’elle, et encore plus de mon iardin imparfait, I, 120.

Il n’y a rien de mal en la vie, pour celuy qui a bien comprins, que la priuation de la vie n’est pas mal, I, 116.

C’est le viure heureusement, non le mourir heureusement, qui fait l’humaine felicité, III, 132.