Ce n’est qu’après la mort, qu’on peut apprécier si, durant la vie, on a été heureux ou malheureux, I, 103.—Par suite des vicissitudes continuelles de la fortune, ce n’est qu’après notre mort qu’on peut dire si nous avons été heureux ou non; incertitude et instabilité des choses humaines (Crésus et Cyrus, Agésilas, un successeur d’Alexandre le Grand, Denys le Jeune à Corinthe, Pompée en Égypte, Ludovic Sforza, Marie Stuart), 103.—Une belle mort absout parfois une vie coupable; elle finit dignement une vie innocente et pure (Scipion, Épaminondas), 105.
CHAPITRE XIX.
Philosopher, c’est apprendre à mourir, I, 107.—Ce que c’est que philosopher, 107.—Le plaisir est le seul but de la vie, mais on ne se le procure surtout que par la vertu; la difficulté ajoute aux satisfactions qu’elle nous cause, 109.—Le mépris de la mort est l’un des plus grands bienfaits que nous lui devons, 111.—La mort est le but essentiel de la vie; le mot en était désagréable aux Romains, 113.—La mort nous surprend inopinément de bien des façons (un duc de Bretagne, Henry II roi de France, Philippe fils de Louis le Gros, Æmilius Lepidus, Aufidius, Cornelius Gallus, Tigellinus, Ludovic de Gonzague, Speusippe, Babius, Caius Julius, le capitaine S.-Martin frère de Montaigne), 115.—Il faut toujours être préparé à la mort, et l’idée en être toujours présente à notre esprit (coutume des Égyptiens, Paul Émile et Persée, raison d’être des cimetières autour des temples au milieu des villes, combats de gladiateurs chez les Romains pendant les festins), 115.—Intérêt que nous avons à y penser fréquemment. Le mépris de la vie est le fondement le plus assuré de la religion, 117.—La mort fait partie de l’ordre universel des choses; la vie n’est par elle-même ni un bien ni un mal (Socrate, les éphémères), 127.—L’immortalité n’est pas désirable. Pourquoi la mort est mêlée d’amertume (Chiron, Thalès), 131.—Pourquoi elle nous paraît autre à la guerre que dans nos foyers; pourquoi elle est accueillie avec plus de calme par les gens du commun que par les personnes des classes plus élevées, 133.
CHAPITRE XX.
De la force de l’imagination, I, 133.—Effets de l’imagination (Gallus Vibius), 133.—Des émotions violentes peuvent occasionner des modifications radicales dans notre organisme (Cippus, le fils de Crésus, Antiochus, Lucius Cossitius, Iphis, Marie Germain), 135.—L’imagination peut produire des extases, des visions, des défaillances considérées jadis comme le fait d’enchantements (le roi Dagobert, S. François, exemples rapportés par Celse, par S. Augustin, plaisante anecdote dont Montaigne a été l’auteur, Amasis roi d’Égypte et Laodice, la bru de Pythagore), 137.—Comment les mariés doivent se comporter dans la couche nuptiale, 143.—Nos organes sont sujets à aller à l’encontre de notre volonté qui, elle-même, échappe parfois à toute direction, 143.—Du seul fait de l’imagination, les maladies peuvent se guérir ou s’aggraver; exemples à l’appui, 147.—Les bêtes, elles aussi, en ressentent les effets, 149.—Notre imagination est susceptible d’agir même sur d’autres que sur nous (Femmes de Scythie, impressions ressenties par les enfants dans le sein de leur mère, fascination exercée sur des animaux), 149.—Montaigne cite les faits qui arrivent à sa connaissance, sans se préoccuper de leur exactitude; il se borne à en prendre texte pour ses réflexions. L’impossibilité de contrôler ceux qu’ils consignent fait que le rôle de chroniqueur ne convient guère ni à un philosophe, ni à un théologien; motifs pour lesquels l’auteur s’est refusé à écrire la chronique de son temps, 151.
CHAPITRE XXI.
Ce qui est profit pour l’un, est dommage pour l’autre, I, 155.—Dans toute profession, on ne fait bien ses affaires qu’aux dépens d’autrui (Demade l’Athénien), 155.
CHAPITRE XXII.
Des coutumes et de la circonspection à apporter dans les modifications à faire subir aux lois en vigueur, I, 155.—Force de l’habitude; elle s’exerce même malgré des intermittences de certaine durée (Mithridate, alimentation de certains peuples, endurcissement de l’athlète, habitants des cataractes, musique céleste, vêtements parfumés, bruit de cloches), 155.—Les vices prennent pied chez l’enfant dès le bas âge et devraient être combattus dès ce moment, 159.—Habileté à laquelle on peut atteindre par l’habitude, 161.—Puissance de la coutume sur les opinions; elle est cause de la diversité des institutions humaines, 161.—Coutumes bizarres de certains peuples, 161.—Les lois de la conscience dérivent plus des coutumes que de la nature; notre attachement au gouvernement, au pays, est notamment un fait d’habitude, 169.—L’habitude est aussi la source de grands abus, entre autres la vénalité des charges de la justice, son mode d’administration; et, en fait de choses de moindre importance, le grotesque de certains vêtements de notre époque; difficulté d’aller à l’encontre, 173.—Il n’en faut pas moins se conformer aux usages et, sauf le cas d’absolue nécessité, se garder de toute innovation dans les institutions publiques. Ébranlement causé en France par l’introduction de la Réforme (Charondas, Lycurgue, l’éphore et la cythare, la Réforme et la Ligue, le Sénat romain, l’oracle de Delphes), 177.—L’obéissance aux lois est un principe de la religion chrétienne; quant à ses propres dogmes, ils sont hors de toute discussion, 181.—Cas où l’absolue nécessité impose des modifications à l’état de choses existant (Octavius, Caton, Agésilas, Alexandre le Grand, les Lacédémoniens avec Lysandre et Périclès, Philopœmen), 185.