27, Cognoissait.—«Sous ses airs d’indolence, l’esprit de Montaigne n’en était pas moins, en effet, plein de hardiesse, couvant bien des audaces.» Sainte-Beuve.
288,
5, Deformabat.—Montaigne s’élève ici contre la réprobation qui, à cette époque et longtemps encore après, pesait sur les comédiens. De nos jours ils sont estimés à juste titre à l’égal des autres suivant la conduite privée de chacun, bien qu’on puisse leur reprocher à tous en général que la réclame à outrance qui se fait autour de leurs noms et qu’excusent les nécessités du métier, les porte trop à en prendre les exagérations pour des réalités, à quoi il faut ajouter qu’une différence existe entre eux plus accentuée que dans n’importe quelle autre carrière. Les artistes de second ordre (acteurs et chanteurs) qui vont pérégrinant de ville en ville, peinant à l’extrême pour arriver à jouer presque chaque jour des pièces différentes, gagnent peu, sont parfois obligés pour vivre à des compromissions que le besoin excuse, et leur considération s’en ressent. Combien autre est l’existence des coryphées de la profession, jouant cent fois de suite et plus la même pièce! Ils ont des loisirs que les précédents ne connaissent pas et en outre réalisent des bénéfices qui leur permettent la vie la plus large; à cela rien à dire. Seulement il y en a parmi eux qui oublient trop que le monde dépense sans compter pour ses plaisirs, alors qu’il est le plus regardant pour ce qui est de première nécessité, et ils jaugent leur valeur d’après l’argent dont on les comble et deviennent encombrants, s’estimant sans vergogne au-dessus de ceux-là mêmes dont ils interprètent les œuvres, ne se disant pas que dans Molière, dont ils s’honorent, c’est l’observateur, le moraliste, l’écrivain incomparables qu’on admire, et pas du tout l’acteur depuis longtemps ignoré de beaucoup.
8, Valent.—Qui méritent d’y être admis.
17, Spectacles.—Le premier édifice moderne, complètement clos, spécialement destiné à cet usage, a été élevé, vers 1500, par le Bramante, dans le Vatican, à Rome; ce n’est qu’à partir du XVIIe siècle, qu’il a été construit en France des salles permanentes de théâtre.—Tout récemment, on a cherché à faire revivre dans le midi, à Béziers, à Orange, le théâtre en plein air, et cela a réussi surtout par l’originalité, la rareté du fait; mais ces immenses scènes antiques à ciel ouvert conviennent bien mieux aux jeux du cirque, aux combats de gladiateurs, aux courses de taureaux, qu’à des représentations littéraires.
17, Diuertissement.—Diversions, qui servent à détourner les gens de se livrer en secret, à l’écart, à des actions qui ne sont pas à louer.
17, Occultes.—Tout ce passage est en contradiction avec ce qu’a écrit plus tard J.-J. Rousseau sur ce même sujet des spectacles; et ce que Montaigne en dit est incontestablement plus vrai, plus solide et mieux pensé que les sophismes éloquents du philosophe de Genève.
22, Espouser.—Ce chapitre, qui ne saurait être ni trop loué, ni trop lu, ni trop médité, fait autorité en matière d’éducation; la partie de l’Émile où J.-J. Rousseau traite cette question, n’en est qu’un commentaire. Ce sont les mêmes vues, les mêmes idées plus ou moins étendues ou resserrées, mais présentées d’une manière moins piquante, moins originale, avec une éloquence plus imposante sans doute, mais moins persuasive, parce qu’elle est moins naturelle. Il est à observer que les seuls préceptes véritablement utiles et pratiques sur l’éducation des enfants qu’on remarque dans le livre de Rousseau sont précisément ceux qu’il doit à Montaigne: pour peu qu’il s’écarte de son guide, il ne dit guère que des lieux communs, ou bien s’égare et se perd dans un dédale d’idées vagues, incohérentes, chimériques.
CHAPITRE XXVI.
Ce chapitre est numéroté XXVII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.