23, Suffisance.—Rien n’est plus vrai du fait même de notre raison dont la conception est des plus limitées, qui ne peut en outre juger que par déduction et est bien loin de voir les choses comme elles sont et en ignore toujours les causes premières, et plus encore par les influences des milieux ambiants qu’elle subit jusqu’à complet anéantissement.

Cet effet est particulièrement manifeste quand on considère à quelle omnipotence atteignent les croyances les plus contraires à la raison: «Credo quia absurdum, je crois par cela même que c’est absurde», aphorisme émis par Tertullien en matière de foi, est un axiome d’application constante.

De fait, une croyance ne dépend pas de la part de vérité ou d’erreur qu’elle peut contenir, mais uniquement des sentiments qu’elle fait naître et des sentiments qu’elle inspire. Impérative au suprême degré, elle n’admet ni analyse ni discussion et par elle les erreurs les plus évidentes se transforment en vérités éclatantes; chez les convaincus, l’intelligence la plus haute est impuissante contre l’entraînement de la foi; l’apôtre ne doute de rien, aucune difficulté ne l’embarrasse.

En dépit de tout raisonnement, les croyances communes constituent une force qui donne à un peuple une cohésion, une énergie qui contribuent dans la plus large mesure à sa sauvegarde; et l’un de nos plus grands dangers à l’époque actuelle est bien certainement de n’avoir plus guère de croyances communes (G. Lebon).

290,

29, Saturúsque.—Le texte latin porte satiate; saturus mis pour satur constitue un barbarisme. Le Clerc.

292,

1, Iuger.—Add. des éd. ant.: des choses.

2, Nature.—Les éd. ant. port.: Dieu.

12, Rien trop.—Maxime philosophique célèbre attribuée par Aristote à Bias; Pline en fait honneur à Chilon; Diogène Laerce pareillement, mais ensuite il en dote Solon; on l’a attribuée à d’autres encore.—Elle a été émise à maintes reprises; on en retrouve le sens dans Homère; Térence, dans son Andrienne, la met dans la bouche d’un esclave: «Je pense, dit-il, que beaucoup est chose utile dans la vie, pourvu que beaucoup ne soit pas trop.» Horace, dans sa satire I, la développe en deux vers souvent cités: «En toutes choses, il est certain tempérament, il y a des limites déterminées et le bien ne se trouve ni en deçà ni au delà.» Abstemius l’exprime de la sorte: «Nul immodéré ne dure longtemps.» «Trop, c’est trop,» a dit Rivarol. «Surtout, Messieurs, pas de zèle,» répétait Talleyrand à ses diplomates. «L’excès en tout est un défaut,» est un aphorisme des plus usités. On dit encore: «De peu on jouit, de trop on pâtit.» Dans le Paradis perdu de Milton, Adam demande à l’ange Gabriel s’il vivra longtemps: «Oui, dit l’ange, si tu observes la règle: Rien de trop.» La Fontaine en a fait le titre d’une de ses fables et a dit d’elle avec vérité: