CHAPITRE XXIII.
Des mauvais moyens employés à bonne fin, II, 553.—Les états politiques sont sujets aux mêmes vicissitudes et accidents que le corps humain; lorsque leur population s’accroît outre mesure, on recourt aux émigrations, à la guerre, etc. (les anciens Francs, les Gaulois et Brennus, les Goths, les Vandales, les Turcs, les Romains, Édouard III roi d’Angleterre, Philippe de Valois), 553.—La faiblesse de notre condition nous réduit à recourir parfois, dans un bon but, à de mauvais moyens (Lycurgue, condamnés a mort livrés vivants au scalpel des médecins), 557.—Les spectacles de gladiateurs avaient été inventés pour inspirer au peuple romain le mépris de la mort (l’empereur Théodose), 557.
CHAPITRE XXIV.
De la grandeur romaine, II, 559.—Montaigne ne veut dire qu’un mot de la grandeur des Romains, à laquelle il ne trouve rien de comparable. N’étant encore que simple citoyen romain, César donne, vend, propose des trônes (César et Cicéron, M. Furius, le roi Déjotarus et un gentilhomme de Pergame, le roi Ptolémée), 559.—Une lettre du sénat romain suffit pour faire abandonner ses conquêtes à un roi puissant (Popilius et le roi Antiochus), 561.—Les Romains rendaient leurs royaumes aux rois qu’ils avaient vaincus, pour faire de ceux-ci des instruments de servitude (Auguste, le roi breton Cogidunus, Soliman), 562.
CHAPITRE XXV.
Se garder de contrefaire le malade, II, 563.—Exemples de personnes devenues soit goutteuses, soit borgnes après avoir feint de l’être pendant quelque temps (Celius, un homme cité par Appien), 563.—Réflexion de Montaigne sur un vœu formé par quelques gentilshommes anglais, 565.—Il faut empêcher les enfants de contrefaire les défauts physiques qu’ils aperçoivent chez les autres, de peur qu’ils ne les contractent eux-mêmes, 565.—Exemple d’un homme devenu aveugle en dormant, 565.—Une folle habitant la maison de Sénèque, devenue aveugle, croyait que c’était la maison qui était devenue obscure; réflexion de ce philosophe sur ce que les hommes ressemblent à cette folle, attribuant toujours leurs vices à d’autres causes qu’à eux-mêmes, 565.
CHAPITRE XXVI.
Du pouce, II, 567.—Usage chez certains rois barbares de cimenter leurs alliances en entrelaçant leurs pouces, les piquant, et suçant le sang l’un de l’autre, 567.—Étymologie du mot pouce, 567.—Coutume des Romains d’abaisser ou d’élever le pouce pour applaudir ou pour ordonner la mort des gladiateurs, 567.—La mutilation du pouce chez les anciens dispensait du service militaire (les Romains, Auguste, C. Vatienus, Philoclès, les Athéniens et les Éginètes, les Lacédémoniens), 569.
CHAPITRE XXVII.
La poltronnerie est mère de la cruauté, II, 569.—Vérité de l’adage qui fait le titre de ce chapitre; le vrai brave pardonne à l’ennemi qu’il a vaincu, le lâche l’injurie et le frappe même lorsqu’il est réduit à l’impuissance (Alexandre tyran de Phères), 569.—Tuer son ennemi quand il est abattu, c’est se priver de la vengeance; mieux vaudrait le conserver à la vie, pour jouir de sa honte. Celui qui succombe n’est pas du reste le plus à plaindre; le repos lui est acquis, tandis que le survivant est obligé de fuir, de se cacher (Bias, Lysiscus, coutume du royaume de Narsingue), 571.—Une chose inexcusable c’est d’attendre la mort d’un ennemi pour publier des invectives contre lui (Asinius Pollion et Plancus, Aristote), 573.—Les duels dérivent d’un sentiment de lâcheté, de la crainte que notre adversaire ne renouvelle ses offenses; l’usage de s’y faire accompagner de tenants dans les querelles particulières part de ce même sentiment, la peur de se voir abandonné à soi-même devant le danger; devoirs des tenants en pareille occurrence (le duc d’Orléans et le roi Henry d’Angleterre, les Argiens et les Lacédémoniens, les Horaces et les Curiaces, un frère de Montaigne), 573.—S’il est vrai que, seul, le courage doive être honoré, l’art de l’escrime est à flétrir, puisqu’il ne procure la victoire qu’à force de feintes et de ruses; de plus, il porte à violer les lois (le consul P. Rutilius, César à Pharsale), 577.—D’ailleurs, à la guerre, cet art est inutile et parfois dangereux (Philopœmen, Platon), 579.—Les gens sanguinaires et cruels sont généralement lâches, et un premier acte de cruauté en amène nécessairement d’autres (l’empereur Maurice et Phocas; Philippe roi de Macédoine, Théoxène et Poris), 581.—Les tyrans s’ingénient à prolonger les tourments de leurs victimes; mais leur intention est souvent trompée, les tortures violentes tuant, et celles qui sont tolérables ne suffisant pas à leur rage, 583.—Dans les exécutions ordinaires de la justice tout ce qui outrepasse la mort simple, est cruauté (Juifs crucifiés), 583.—Détails de quelques supplices atroces; Montaigne pense que les plus hideux à voir, ne sont pas toujours ceux qui causent le plus de douleur aux malheureux qui ont à les subir (l’empereur Mechmet en Épire, Crésus; Georges Séchel, chef des paysans polonais révoltés), 585.