CHAPITRE XXVIII.

Chaque chose en son temps, II, 587.—Ce furent deux grands hommes que Caton le Censeur et Caton d’Utique; mais celui-ci l’emporte de beaucoup sur le premier, 587.—Dans sa vieillesse, Caton le Censeur s’avisa d’apprendre le grec; c’est un ridicule, toutes choses doivent être faites en leur temps (Q. Flaminius, Eudémonidas et Xénocrate, Philopœmen et le roi Ptolémée), 587.—Nos désirs devraient être amortis par l’âge, mais nos goûts et nos passions survivent à la perte de nos facultés; quant à lui, Montaigne, il ne pense qu’à sa fin et ne forme pas de projets dont l’exécution nécessiterait plus d’une année, 589.—Sans doute un vieillard peut encore étudier, mais ses études doivent être conformes à son âge, elles doivent lui servir à quitter le monde avec moins de regrets (Caton d’Utique), 589.

CHAPITRE XXIX.

De la vertu, II, 591.—Par le mot vertu, il faut entendre ici la force d’âme. Ce n’est pas en des élans impétueux mais passagers que consiste ce genre de vertu; elle demande de la persévérance, un caractère solide et constant, et se rencontre rarement, 591.—Bien qu’il la possédât à un haut degré, Pyrrhon essaya vainement de toujours mettre sa vie en conformité avec sa doctrine; c’est que ce n’est pas tout de témoigner de la fermeté d’âme dans une circonstance donnée, le difficile est de se montrer tel dans toutes ses actions, 591.—Traits de courage amenés par une soudaine résolution (un paysan et un gentilhomme du pays de Montaigne, une femme de Bergerac), 593.—Autres exemples, ceux-là suite de déterminations, de projets arrêtés longtemps à l’avance; ces actions fortes et courageuses longuement préméditées sont, en général, le fruit de préjugés absurdes ou de fausses doctrines (les femmes hindoues, les gymnosophistes, Calanus), 595.—Le dogme de la fatalité, souvent mis en avant mais facile à réfuter, est fréquemment exploité pour surexciter les esprits; c’est lui qui inspire tant d’audace aux Turcs (les Bédouins, deux moines de Florence, un jeune Turc, Henry de Navarre), 597.—Quant aux assassins, la plupart du temps ce sont les passions religieuses ou politiques qui arment leur bras (les assassins du prince d’Orange et du duc de Guise, la secte des Assassins), 601.

CHAPITRE XXX.

A propos d’un enfant monstrueux, II, 605.—Description d’un enfant et d’un pâtre monstrueux; ce qui nous paraît tel, ne l’est pas pour la nature, 605.

CHAPITRE XXXI.

De la colère, II, 607.—Il vaut mieux confier les enfants au gouvernement qu’à leurs propres parents (les institutions de Lacédémone et de Crète), 607.—Ceux-ci les châtient quelquefois dans des transports de colère, ils les accablent de coups, les estropient; ce n’est pas correction, c’est vengeance, 607.—La colère nous fait le plus souvent envisager les choses sous un aspect trompeur; les fautes qui nous irritent ne sont pas telles qu’elles nous paraissent. Combien hideux sont les signes extérieurs de la colère (César et Rabirius), 609.—Il ne faut pas juger de la vérité ou de la fausseté des croyances et des opinions des hommes par leur conduite habituelle (Eudaminondas, Cléomène, Cicéron et Brutus, Cicéron et Sénèque, les éphores de Sparte), 611.—Modération de quelques grands hommes sous l’empire de la colère (Plutarque et un de ses esclaves, Archytas de Tarente, Platon, le lacédémonien Charylle et un ilote), 611.—Nous cherchons toujours à trouver et à faire trouver notre colère juste et raisonnable (Cneius Pison), 613.—Les femmes naturellement emportées, deviennent furieuses par la contradiction; le silence et la froideur les calment (l’orateur Celius, Phocion), 615.—Pour cacher sa colère, il faut des efforts inouïs; elle est moins terrible quand elle éclate librement (les hommes de guerre, Diogène et Démosthène), 615.—Attentions à avoir quand, dans son intérieur, on a sujet de se mettre en colère, 617.—Caractère du courroux de Montaigne; il feint parfois d’être plus en colère qu’il ne l’est réellement, 617.—Il ne croit pas que la colère puisse jamais avoir de bons effets, même quand il s’agit de forcer les autres à pratiquer la vertu; c’est une arme dangereuse; elle nous tient, nous ne la tenons pas (Aristote), 619.

CHAPITRE XXXII.

Défense de Sénèque et de Plutarque, II, 621.—Combien est fausse la comparaison que l’on a voulu établir entre Sénèque et le cardinal de Lorraine, en s’appuyant sur le portrait injurieux que l’historien Dion trace du premier; il est plus rationnel de croire ce qu’en disent Tacite et quelques autres qui en parlent d’une manière très honorable, 621.—Quant à Plutarque, il a été accusé par Bodin, d’ignorance, d’excessive crédulité et de partialité; réfutation de ces accusations. Sur le reproche d’ignorance, Montaigne n’a pas le savoir nécessaire pour en juger, 623.—Nombreux exemples témoignant que les faits avancés par Plutarque et qualifiés d’incroyables par son critique, n’ont rien d’impossible (un enfant de Lacédémone, Pyrrhus, les jeunes Spartiates, Ammien Marcellin et les Égyptiens, un paysan espagnol et L. Pison, Epicharis, de simples villageois du temps de Montaigne), 623.—C’est un tort de vouloir juger du possible et de l’impossible par ce dont nous sommes nous-mêmes capables (Agésilas), 629.—La partialité de Plutarque en faveur des Grecs et au détriment des Romains n’est pas mieux fondée, d’autant qu’il ne prétend pas que les grands hommes de ces deux peuples qu’il met en parallèle, ont même valeur; il ne porte pas sur eux d’appréciation d’ensemble, il ne compare que des points de détail en des situations déterminées, 629.