10, Ancien.—Xénophon, Mémoires sur Socrate, I, 3, 1.—Ce Dieu, c’est Apollon, dont la Pythie, sa prêtresse, rendait à Delphes ses oracles, montée sur un trépied.
15, Estoit.—Il serait peut-être plus exact de dire: «celle dans laquelle on a été élevé»; d’aucuns diraient: à quoi bon? ou, avec Renan: «l’orthodoxie procure de grandes joies, mais elle ferme à la vérité». Admirons avec quelle hâte après avoir risqué cette assertion, sur laquelle du reste il ne se prononce pas, Montaigne fait amende honorable; il se trouve là tout entier. C’est un grand tort, à mon sens, que de lier d’une manière indissoluble ces deux idées: Dieu et la Religion. La première, personne ne la discute, et le plus souvent ceux qui en raisonnent, déraisonnent, parce que pour tous c’est l’inconnu; seule, la seconde est en cause: elle s’étaye sur la première dont elle ne saurait se passer, tandis que celle-ci, dans son infinité, n’a que faire d’elle.
Il n’en est pas moins vrai que la Religion est une idée naturelle à l’homme dès qu’il est à même de juger de son néant en face de l’Univers et de ses merveilles sans cesse renaissantes qui n’ont point eu de commencement et n’auront pas de fin, et ce n’est pas sans raison que la Providence, l’âme de ce tout sans limites, tout en ne faisant pas qu’elle soit identique chez tous, ce qu’elle n’a pas probablement jugé indispensable, nous l’ait infusée, comme elle a fait de la raison, de la conscience, laissant à notre libre arbitre d’en faire l’estime que nous croyons, de même que, dans tous nos actes, nous tenons plus ou moins compte de ce que nous soufflent la raison et la conscience.
La religion, chez ses adeptes sincères, nous affermit dans l’observation de nos devoirs envers nous-mêmes et envers le prochain, et par l’espérance nous soutient dans l’adversité; elle ne fait que du bien, jamais de mal; par elle la morale et la résignation pénètrent les masses sur lesquelles n’ont point prise les dissertations philosophiques qui ne s’adressent qu’à la raison; il leur faut quelque chose qui préférablement agisse sur l’imagination, ce que leur offrent les légendes religieuses et les cérémonies du culte.
Chaque religion comporte trois choses: la morale, le dogme et le culte.
Chez les peuples civilisés elles n’ont jamais beaucoup différé sous le premier de ces rapports. Entre toutes cependant, la religion chrétienne qui a pour base essentielle la charité, aimer le prochain comme soi-même, faire à autrui ce qu’on voudrait qu’il soit fait pour vous-même, tient incontestablement, par cela même, le premier rang.
Comme dogmes, toutes se valent. Toutes ont pour point de départ l’existence de Dieu que tout démontre, que personne ne nie, que chacune dépeint à sa manière, y joignant, pour le rehausser, comme s’il en était besoin, certains faits surnaturels qui relèvent exclusivement de la foi, sorte d’hypnotisme, auquel il est difficile de se prêter quand on ne l’a pas; sur ces faits qu’elles imposent à notre croyance, toute discussion est stérile, car la raison et la foi sont deux antipodes, et entre elles nul ne sait où est la vérité.
C’est sous le rapport du culte que les diverses religions, et dans chacune, ses diverses sectes, diffèrent le plus.—Par son unité, par ses cérémonies réellement impressionnantes, la religion catholique l’emporte de beaucoup à cet égard sur toutes les autres. Elle l’emporte aussi par la confession auriculaire, qu’à l’encontre de bien d’autres je prise particulièrement; très discutable en théorie, bien innocente en réalité, elle permet à l’homme, être essentiellement faible, par l’aveu de ses fautes et l’absolution qu’il en obtient, d’en mesurer l’étendue, d’en éprouver des regrets, du repentir, d’être encouragé à les réparer, à résister aux tentations qui peuvent se reproduire, d’en faire en quelque sorte pénitence et en recevoir l’absolution, allège, réconforte et amende, à l’instar de ce qui se passe quand le criminel fait l’aveu de son crime au juge d’instruction et qu’il paie sa dette à la justice humaine; l’idée est grande et l’effet salutaire.
Ce sont ces considérations qui font que, personnellement, je place la religion catholique, apostolique et romaine au-dessus de toutes les autres. Mais si j’estime d’effet utile, pour le maintien de l’unité, l’autorité du pape, en matière de dogme et de culte, je tiens pour abusive son ingérence dans les questions d’administration diocésaine et les rapports du clergé avec les fidèles, et ceux des uns et des autres avec l’État; ce sont là des affaires du ressort, en cas de conflit, de conciles provinciaux ou nationaux.—Les erreurs, les abus si monstrueux commis à diverses époques par ses ministres, qui se sont montrés si intolérants chaque fois qu’ils ont eu la suprématie, n’altèrent en rien son excellence; ces ministres sont hommes et en ont les imperfections, il faut le regretter, sans en faire porter la responsabilité à l’institution; et c’est pourquoi je suis de tout cœur de l’Église catholique, apostolique et romaine en ce qui touche le spirituel, français en ce qui est afférent au temporel.
27, Au delà.—Pascal, qui a jugé si sévèrement Montaigne et copié en tant d’endroits, dit: «On ne voit presque rien de juste ou d’injuste, qui ne change de qualité, en changeant de climat; trois degrés d’élévation du pôle renversent toute la jurisprudence, un méridien décide de la vérité; à quelques années d’intervalle, les lois fondamentales modifient le droit; plaisante justice qu’une rivière ou une montagne borne: qui, vérité en deçà des Pyrénées, est erreur au delà!... Pourquoi me tuez-vous? Eh quoi! ne demeurez-vous pas de l’autre côté de l’eau?»—Cette même idée, Chateaubriand l’exprime lui aussi: «Un homme, écrit-il, peut être pendu de ce côté-ci d’un ruisseau, pour des principes réputés sacrés de l’autre côté de ce même ruisseau.» Payen.