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5, Serpunt.—L’auteur parle ici des Juifs et de leur religion; Montaigne applique son dire à un sujet tout autre.
8, Moyen.—Peut-être; mais l’excès contraire a plus d’inconvénients encore; et, à notre époque, la peine de mort est tellement atténuée, la prison si bénigne à tous ses degrés, la grâce et les réductions de peine sont tellement passées dans les habitudes, que les malfaiteurs, dont le nombre, ainsi que l’audace et la fréquence des méfaits, vont croissant en proportion du besoin de bien-être et de luxe, conséquence des progrès de la civilisation, s’en donnent à cœur joie. La publicité des exécutions n’a plus de raison d’être, n’amenant plus chez le spectateur que cette simple remarque: «Tiens! ce n’est que cela!» En la supprimant, on ferait cette peine un peu plus redoutée; en n’abusant pas du droit de grâce, en n’en usant que lorsqu’il y a des circonstances atténuantes dont il n’a pas été tenu compte, ou qu’un doute peut exister sur la culpabilité, en un mot comme correctif d’une erreur possible du jury; en rendant beaucoup plus pénibles les divers genres d’emprisonnement et réduisant d’autant la durée des condamnations, on modifierait rapidement l’état d’esprit de nombre de criminels qui, actuellement, se disent que ce qui peut leur arriver de pis, c’est de vivre sans rien faire aux dépens de la société, dans des conditions bien moins pénibles que s’il leur fallait gagner leur vie par le travail, ce qui est bon seulement pour les honnêtes gens.—Et pourtant, l’expérience est faite: Pour parer aux recrudescences de crimes à certaines époques contemporaines, les Anglais, qui cependant ont beaucoup plus que nous le respect de la liberté individuelle, n’ont pas hésité à rétablir temporairement des moyens de répression tombés en désuétude: le «Treadmill» où le condamné est mis automatiquement dans l’obligation de coopérer, à l’aide des mains et des pieds, à faire tourner une roue; le Cat (le chat à neuf queues) qui consiste à infliger matin et soir, pendant un nombre de jours déterminé, un certain nombre de coups de fouet; ces procédés depuis mis de côté, sans cesser d’être légaux pour le cas où le besoin s’en ferait de nouveau sentir, eurent vite raison de ces associations de bandits qui terrorisaient Londres en étranglant les passants, etc., tout comme nos apaches parisiens en agissent actuellement avec le couteau et le revolver. Mais, chez nous, gouvernants et législateurs ont plus souci de jouir de la situation à laquelle ils sont arrivés, d’assurer leur réélection pour continuer à vivre aux dépens de la chose publique, que de satisfaire à leurs devoirs essentiels, faire régner la liberté et refréner la licence, favoriser le bien, poursuivre et punir le mal; assoiffés de popularité, imbus par calcul d’idées soi-disant humanitaires, leurs actes démentent leurs paroles, leurs sympathies vont de fait aux scélérats bien plus qu’à leurs victimes.
9, Argippées.—Hérodote, IV, 23, dit qu’il ne les connaît que par ouï-dire; qu’ils sont chauves, ont le nez aplati et ne se nourrissent que de fruits et de lait. Chacun habite sous un arbre que, l’hiver, il recouvre d’une étoffe de laine blanche, qu’il a soin d’ôter l’été. Personne ne les insulte, ils n’ont pas d’armes et sont considérés comme sacrés.
19, Violence.—C.-à-d. peut-être la facilité qu’on a d’entrer dans ma maison, contribue-t-elle à la mettre à l’abri de la violence.
32, Frontieres.—Ce n’est pas en effet des places frontières qui sont à construire. La défense des frontières d’un état est le propre des armées elles-mêmes; les fortifications ne devraient être employées que pour couvrir certains points en nombre très restreint, particulièrement importants en vue de l’offensive beaucoup plus qu’en vue de la défensive, ceux où sont nos approvisionnements, et aussi les grandes agglomérations plus particulièrement menacées dont il importe, en raison des ressources qu’elles présentent, de ne pas laisser l’ennemi s’emparer dès le début sans coup férir. Les murailles de Chine n’ont jamais dans le passé satisfait à ce qu’on en attendait, et y satisferont moins encore dans l’avenir, étant donnés les moyens actuellement mis en œuvre, au nombre desquels il faut compter l’envahissement du territoire de l’adversaire sans déclaration de guerre préalable. Vauban, qui à l’époque de Louis XIV avait organisé la défense de nos frontières sous l’empire de ces idées, reconnut, sur la fin de sa vie, cette erreur, qu’après 1870 ses élèves, héritiers de sa science mais non de son génie, ont commise à nouveau, nous amenant à fortifier, une fois encore, outre mesure notre frontière de l’Est au lieu de renforcer ses effectifs dans toute la limite du possible, avec ceux qui, pour des raisons de clocher, demeurent disséminés dans le reste de la France où ils n’ont que faire. S’il en eût été ainsi, Nancy, bien que sans fortifications, serait à l’abri d’un coup de main; et, ayant ces troupes stationnées ailleurs, on n’aurait pas été tenté de les employer abusivement à des œuvres de police, pour lesquelles l’armée n’est point faite, qui la discréditent, où se perd la notion du devoir, auxquelles la nécessité fait que la masse se prête à contre-cœur, non sans que cependant se produisent quelques rares protestations, qui honorent leurs auteurs, mais ruinent leur carrière.
36, Riches.—Pauvres et riches s’intéressent au pillage que promet une incursion sur un territoire étranger; les riches seuls le sont à s’en défendre sur leur propre territoire.
37, Faitte.—Le père de Montaigne avait, en 1554, réédifié sa maison, en la fortifiant selon les habitudes et les nécessités de l’époque; Montaigne nous fait connaître ici que lui-même ne jugea pas à propos de tirer parti de ces dispositions défensives. Cette maison demeura telle jusqu’en 1859, où ses descendants s’en défirent. Déjà en partie transformée par les changements que les acquéreurs y avaient apportés, elle devint la proie des flammes en 1885, à l’exception de la grosse tour et de quelques communs qui furent épargnés; elle a été reconstruite depuis, mais sur un plan notablement différent: seules la tour et la pièce constituant la bibliothèque de Montaigne qu’il décrit III, 156, ont été maintenues dans leur état primitif.
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2, Defortifié.—Henri IV et surtout Richelieu firent en effet démanteler quantité de ces forteresses particulières.