Pardaillan qui, dans sa hâte à suivre la mère de Loïse, était parti sans déjeuner, commençait à ressentir de furieux tiraillements d'estomac.

Après d'innombrables détours, Jeanne d'Albret et sa compagne arrivèrent enfin au Temple.

En face de la sombre prison dont la grande tour noircie par le temps dominait le quartier comme une menace, une maison d'apparence bourgeoise s'élevait d'un étage.

Sur un geste de la Reine, Alice de Lux heurta à la porte. Presque aussitôt on ouvrit.

Jeanne d'Albret fit signe à Pardaillan de se rapprocher.

—Monsieur, dit-elle, vous avez maintenant le droit de connaître mes affaires. Entrez donc, je vous prie.

—Madame, dit Pardaillan, Votre Majesté s'abuse: je n'ai qu'un droit, celui de me tenir à ses ordres.

La porte, cependant, s'était refermée. Les trois visiteurs furent conduits par une domestique, sorte de géant femelle, jusqu'à une pièce étroite, mal meublée, mais assez propre.

Là, un vieillard à nez recourbé, à longue barbe biblique, était assis à une table sur laquelle se trouvaient trois balances de différents calibres.

—Ah! ah! fit-il avec une cordialité exagérée, c'est encore vous, madame... madame... comment donc, déjà? C'est qu'il y a trois ans que je ne vous ai vue... mais votre nom est inscrit là, dans mon coffre...