—Madame Leroux, dit la reine sèchement.

—C'est bien cela! J'allais le dire! Et vous avez encore quelque collier de perles, quelque agrafe de diamant à vendre à ce bon Isaac Ruben?

Nous prierons notre lecteur de se souvenir que la reine de Navarre, au moment où elle avait sauté de la litière, tenait à la main un sac de cuir. Ce sac, Jeanne d'Albret l'ouvrit, et en versa le contenu, pêle-mêle.

Les yeux d'Isaac Ruben pétillèrent. Il allongea les mains sur les diamants, les rubis, les émeraudes, les pierres précieuses qui chatoyaient sur la table et croisaient leurs feux.

La reine de Navarre était alors une femme de quarante-deux ans. Elle portait encore le deuil de son mari, Antoine de Bourbon, mort en 1562. Elle avait des yeux gris, avec un regard puissant qui pénétrait jusqu'à l'âme. Sa voix provoquait les enthousiasmes. Sa bouche avait un pli sévère; et, au premier abord, cette femme paraissait glaciale. Mais quand la passion l'animait, elle se transformait.

Jeanne d'Albret n'avait qu'une passion: son fils. C'est pour son fils que, femme simple, éprise de la vie patriarcale du Béarn, elle s'était jetée à corps perdu dans la vie des camps.

Cependant, Isaac Ruben venait de trier les pierres.

Il les examina, le sourcil froncé par l'effort du calcul.

—Madame, dit brusquement le Juif en levant la tête, il y a là pour cent cinquante mille écus de pierres.

—C'est exact, dit Jeanne d'Albret.