—Il est à vous, fit brusquement l'homme.
—En ce cas, dit Pardaillan avec cette froide tranquillité qu'il prenait tout à coup parfois, en ce cas, permettez que je le mette en lieu sûr. Maintenant, dites-moi pourquoi ces deux cents écus de six livres parisis sont à moi.
L'inconnu croyait avoir écrasé un homme. Ce fut lui qui le fut. Il s'attendait à des remerciements enthousiastes, il reçut la question de Pardaillan en pleine poitrine. Toutefois, il se remit promptement, et, reconnaissant au fond de lui-même qu'il avait affaire à un rude jouteur, il résolut d'assommer d'un mot son adversaire.
—Ces deux cents écus sont à vous, dit-il, parce que je suis venu vous acheter votre liberté.
Pardaillan ne sourcilla pas, ne fit pas un mouvement.
—En ce cas, monsieur, prononça-t-il du bout des dents, c'est neuf cent quatre-vingt-dix-neuf mille huit cents écus de six livres parisis que vous me redevez, pas un de moins, pas un de plus. J'ai dit.
—Briccone! murmura l'homme dont les épaules ployèrent. Ouf, monsieur! C'est donc à un million d'écus que vous estimez votre liberté?
—Pour la première année, dit Pardaillan sans broncher.
Cette fois, René Ruggieri—que l'on a sûrement deviné—s'avoua vaincu.
—Monsieur, dit-il après avoir jeté un regard d'admiration sur le chevalier, je vois que vous maniez la parole comme l'épée et que vous connaissez toutes les escrimes. Je vous demande pardon d'avoir essayé de vous étonner. Et je viens au fait de mon affaire. Gardez votre liberté, monsieur. Vous êtes homme de coeur et d'esprit, comme vous avez prouvé hier que vous avez du coeur. Perhacco, monsieur! Vous avez une épée qui tranche et des mots qui assomment! Que diriez-vous si je vous proposais de mettre l'un et l'autre au service d'une cause noble et juste entre toutes, d'une sainte cause pour mieux dire! Et d'une princesse puissante, bonne, généreuse...