—Monsieur, dit Pardaillan avec la plus grande douceur, tout ce que je puis vous dire, c'est que je suis né en 49, au mois de février. Quant au jour et à l'heure, je les ignore.
—Peccato! murmura le bizarre visiteur. Enfin! je tâcherai de reconstituer l'horoscope du mieux que je pourrai. Monsieur, continua-t-il à haute voix, êtes-vous libre?
—Ménageons-le se dit le chevalier.—Libre, monsieur? Eh! qui peut se vanter de l'être? Le roi l'est-il, alors qu'il ne peut faire un pas hors de son Louvre? Libre! comme vous y allez, mon cher monsieur! C'est comme si vous me demandiez si je suis riche. Libre! Par Pilate! Si par là vous entendez que je puis me lever à midi et me coucher à l'aube, que je puis, sans crainte, sans remords, sans regarder qui me suit, entrer au cabaret ou à l'église, manger si j'ai faim, boire si j'ai soif... (la paix. Pipeau! Qu'as-tu à grogner, imbécile!) embrasser les deux joues de la belle madame Huguette, ou pincer les servantes de la Corne d'Or, battre Paris le jour ou la nuit à ma guise (n'ayez pas peur il ne mord pas!), me moquer des truands et du guet, n'avoir de guide que ma fantaisie et de maître que l'heure du moment, oui monsieur, je suis libre! Et vous?
L'inconnu se dirigea vers la table et y déposa un sac qu'il sortit de dessous son manteau.
—Monsieur, dit-il alors, il y a là deux cents écus.
—Deux cents écus? Diable!
—De six livres.
—Oh! oh! De six livres? Vous dites: de six livres?
—Parisis, monsieur!
—Parisis! Eh bien, monsieur, voilà un honnête sac.