—Mon frère, dit celui-ci à voix basse, nos huit poètes sont-ils arrivés?
—Ils sont là, répondit Lubin.
—Très bien. Veuillez donc m'écouter, mon cher frère. Il s'agit de choses graves. Vous comprenez. Ce sont des poètes étrangers qui viennent discuter avec les nôtres.
—Mais, mon frère, comment se fait-il que vous soyez mêlé à des questions de poésie?
—Frère Lubin, fit sévèrement le moine, si notre révérend et vénérable abbé, Mgr Sorbin de Sainte-Foi, a permis que vous quittassiez le couvent pour venir faire ripaille et bombance en cette auberge... Si le révérend, prenant en pitié votre soif inextinguible, vous a donné une preuve aussi extraordinaire de sa mansuétude, ce n'est pas qu'il vous tolère par surcroît le péché mortel de la curiosité! Vous n'avez pas de questions à poser. Ou sinon, vous rentrez au couvent!
—Miséricorde! Je vous jure, mon frère...
—C'est bien. Maintenant, dressez-moi une petite table là, devant la porte de cette salle, car je me sens quelque appétit.
—Que vous donnerai-je à dîner, mon cher frère?
—La moindre des choses: une moitié de poularde, une friture de Seine, un pâté, une omelette et des confitures, avec quatre bouteilles de vin d'Anjou...
—Le moine s'installa donc devant la porte, de façon que nul ne pût entrer sans sa permission.