Alors, les six poètes entonnèrent en choeur une chanson bachique. Et ce fut aux accents de cette chanson qu'ils firent leur entrée dans la salle du fond où se trouvaient déjà les huit inconnus aux plumes rouges.
Ils étaient assis sur deux rangées, comme des gens venus au spectacle. Tous étaient masqués.
Les six poètes eurent l'air de ne pas les avoir vus.
A peine furent-ils entrés que leur chanson bachique se transforma en une mélopée au rythme bizarre qui devait être une invocation.
En même temps, ils se rangèrent sur un seul rang devant le panneau du fond de la salle qui faisait vis-à-vis à la porte du cabinet noir par où on accédait aux caves.
Aussitôt, Jean Dorât ouvrit la porte d'un vaste placard qui occupait tout le panneau.
Ce placard s'évidait profondément en forme d'alcôve.
Et voici ce que les huit spectateurs virent alors.
Au fond de cette alcôve se dressait une sorte d'autel antique. Cet autel, qui était en granit rosé, affectait la forme primitive et rudimentaire des grandes pierres qui, jadis, au temps des mystères, servaient aux sacrifices. Mais son soubassement était orné de sculptures et de médaillons; l'un de ces médaillons représentait Phébus ou Apollon, dieu de la poésie; dans un autre, c'était Cérès, déesse des moissons; un troisième figurait Mercure, dieu du commerce et des voleurs, en réalité, dieu de l'ingéniosité.
A gauche et à droite de l'autel, étaient accrochées des tuniques blanches et des couronnes de feuillage.