Les six poètes de la Pléiade (Joachim du Bellay, le septième, était mort en 1560) entrèrent donc sans avoir éveillé la moindre curiosité, et passèrent dans la salle du festin.
Là, Jean Dorât arrêta d'un geste ses confrères, et leur dit;
—Nous voici donc, une fois encore, unis dans la célébration de nos mystères. Je puis dire que nous sommes ici la fleur de la poésie antique et moderne, et que jamais assemblée de plus fiers docteurs en l'art sublime ne fut plus digne de monter au Parnasse pour y saluer les dieux tutélaires. Je vous ai parlé, il y a huit jours, de ces quelques étrangers qui désirent assister à la célébration d'un de nos mystères.
—Sont-ce des poètes tragiques? demanda Jodelle.
—Nullement. Et même ils ne sont pas poètes. Mais je réponds que ce sont d'honnêtes gens. Ils m'ont confié leurs noms sous le sceau du secret. Maître Ronsard approuve leur admission.
—Mais s'ils nous trahissent? observa Rémy Belleau.
—Ils ont juré le silence, répondit vivement Dorât. D'ailleurs, messieurs, ils repartent dès demain, il est vraisemblable qu'ils ne reviendront jamais à Paris.
Pontus de Thyard, qui était mangeur et buveur d'élite, Pontus qu'on appelait le—Grand Pontus à cause de sa taille herculéenne, Pontus dit alors:
—Moi, je trouve qu'on dîne de mauvaise humeur et qu'on digère mal quand...
—Ces nobles étrangers n'assisteront pas à notre agape! interrompit Dorât.