—Je veux parler de ce jeune homme qui vous est venu de la part de la reine de Navarre. Celui-là, monsieur, est un de ces implacables ennemis dont je vous parlais, peut-être le plus acharné, le plus terrible de tous, parce qu'il agit dans l'ombre et ne frappe qu'à coup sûr... Celui-là me fait peur, monsieur... non pour moi, hélas! j'ai fait le sacrifice de ma vie... mais pour mon pauvre enfant... votre roi!

Pardaillan s'était pour ainsi dire ramassé sur lui-même.

Son rêve d'un duel où il était le champion d'une reine et d'une mère, ce rêve tombait, et il entrevoyait de sinistres réalités.

—Hésiteriez-vous, mon cher monsieur? fit la reine étonnée.

Et l'accent de sa voix était devenu si menaçant que le chevalier, plus que jamais, se redressa, se hérissa.

—Je n'hésite pas. Majesté, dit-il, je refuse.

Habituée à voir des échines courbées devant elle, à entendre des paroles balbutiantes, Catherine de Médicis eut un moment de profonde stupéfaction. Une légère rougeur qui monta à son visage blême indiqua à Ruggieri la fureur qui se déchaînait en elle. Mais Catherine était depuis longtemps habituée à dissimuler, elle qui dissimula toute sa vie.

—Vous nous donnerez au moins de bonnes raisons? fit-elle avec la même douceur.

—D'excellentes, madame, et qu'un grand coeur comme le vôtre comprendra à l'instant. L'homme dont parle Votre Majesté est venu chez moi et m'a appelé son ami; tant que cette amitié ne sera pas brisée par quelque acte vil, cet homme m'est sacré.

—Voilà, en effet, des raisons qui me convainquent, chevalier. Et comment s'appelle-t-il, votre ami?