—Allez...

L'espionne se releva lentement; elle vit la reine qui, le bras tendu, lui montrait la porte, et elle recula jusqu'à ce qu'elle se trouvât contre cette porte. De ses mains hésitantes, tremblantes, elle ouvrit, sortit, et ce fut seulement alors qu'elle se mit à courir comme une insensée.

Jeanne d'Albret sortit à son tour et entra dans la salle basse où l'attendaient les deux gentilshommes.

—Nous partons, messieurs, dit-elle.

Quelques instants plus tard, un carrosse, escorté par les deux gentilshommes à cheval, s'éloignait rapidement.

Alice de Lux, en quittant la maison, s'était mise à courir, pareille à une insensée. Elle traversa l'esplanade qui se trouvait devant le château. Tout à coup, elle s'arrêta, frissonnante, regarda autour d'elle.

—Où aller! murmura-t-elle. Où me cacher! Que vais-je devenir quand il va savoir! Je suis perdue! Que faire? Aller à Paris? Me rendre aux ordres de l'implacable Catherine? Oh! non, non!... Qu'ai-je fait?... J'ai voulu assassiner la reine de Navarre?... Quelle abjection dans mon âme!

Elle s'assit sur une pierre, le menton dans les deux mains.

Là-bas, dans les montagnes où le fils de Jeanne d'Albret courait le loup quand il ne courait pas la jouvencelle, on l'appelait la Belle Béarnaise. Et ce surnom lui seyait à merveille.

Mais, dans cette minute, nul n'eût reconnu sa beauté dans ces traits convulsés, dans ces yeux hagards...