—Non. Je suis calme. Et c'est dans tout le calme de mon esprit que je te répète: partons. Allons en Espagne ou en Italie, plus loin, s'il le faut.
Le comte de Marillac secoua la tête lentement.
—Ecoute-moi, mon Alice. Je te jure sur mon âme que, si j'étais libre, je te répondrais: tu veux que nous partions... partons; allons où tu voudras.
—Mais vous n'êtes pas libre! fit Alice avec amertume.
—Ne le sais-tu pas?... Un jour, je te dirai le secret de ma naissance... et même le nom de ma mère...
Alice tressaillit. Ce secret, elle l'avait surpris!
Là-bas, dans la maison de Saint-Germain, c'était elle qui avait poussé ce cri étouffé lorsque le comte de Marillac avait parlé de sa mère... Catherine de Médicis!
—Oui, reprit le jeune homme; un jour, bientôt, sans doute, je te dirai tout! Mais sache dès à présent qu'il est quelqu'un au monde que je vénère, au point de mourir s'il le faut pour sauver cette femme. Car c'est une femme, Alice, tu la connais: c'est la reine de Navarre, celle que nous appelons notre bonne reine. Elle m'a sauvé. Elle a été ma mère. Je lui dois tout: la vie, l'honneur et les honneurs. Eh bien, la reine Jeanne a besoin de moi. Si je partais en ce moment, ce ne serait pas seulement une fuite, ce serait une lâcheté, une trahison.
—Je comprends, fit-elle dans un souffle, en devenant livide. Alors, nous ne partons pas?
—Songe que de grands malheurs atteindraient notre reine, si je n'allais pas à Paris!