—Mademoiselle a été au bois cueillir du muguet.

—Oui, c'est vrai, c'est le printemps. Les haies embaument. Chaque arbre est un bouquet. Tout rit, tout chante, des fleurs partout. Mais la fleur la plus belle, ma Jeanne, ma noble et chaste enfant, c'est toi...

Son regard, alors, se reporta sur la formidable silhouette du manoir accroupi sur la colline.

—Tout ce que je hais est là! gronda-t-il. Là est la puissance qui m'a brisé, anéanti! Oui, moi, seigneur de Piennes, autrefois maître de toute une contrée, j'en suis réduit à vivre presque misérable, dans cet humble coin de terre que m'a laissé la rapacité du Connétable!... Que dis-je, insensé! Mais ne cherche-t-il pas, en ce moment même, à me chasser de ce dernier refuge!...

Deux larmes silencieuses creusèrent un amer sillon parmi les rides de ce visage désespéré.

Soudain, il pâlit affreusement: un cavalier, vêtu de noir, entrait et s'inclinait devant lui!...

—Enfer!... Le bailli de Montmorency!...

—Seigneur de Piennes, dit l'homme noir, je viens de recevoir de mon maître le connétable un papier que j'ai ordre de vous communiquer à l'instant: ce papier que voici, c'est la copie d'un arrêt du Parlement de Paris en date d'hier, samedi 25 avril de cet an 1553. L'arrêt porte que vous occupez indûment le domaine de Margency; que le roi Louis XII outrepassa son droit en vous conférant la propriété de cette terre qui doit faire retour à la maison de Montmorency, et qu'il vous est enjoint de restituer castel, hameau, prairies et bois.

Le seigneur de Piennes ne fit pas un mouvement, pas un geste. Seulement, une pâleur plus grande se répandit sur son visage, et sa voix tremblante s'éleva:

—O mon digne sire Louis douzième! et vous, illustre François Ier! sortirez-vous de vos tombes pour voir comme on traite celui qui, sur quarante champs de bataille, a risqué sa vie et versé son sang? Revenez, sires! Et vous assisterez à ce grand spectacle du vieux soldat dépouillé parcourant les routes de l'Ile-de-France pour mendier un morceau de pain!