Devant ce désespoir, le bailli trembla.
Furtivement, il déposa sur une table le parchemin maudit, et il recula, gagna la porte et s'enfuit.
Alors, dans la pauvre maison, on entendit une clameur funèbre déchirante:
—Et ma fille! Ma fille! Ma Jeanne! ma fille est sans abri! Ma Jeanne est sans pain! Montmorency! malédiction sur toi et toute ta race.
La catastrophe était effroyable. En effet, Margency, qui depuis Louis XII appartenait au seigneur de Piennes, était tout ce qui restait de son ancienne splendeur à cet homme qui avait jadis gouverné la Picardie. Dans l'effondrement de sa fortune, il s'était réfugié dans cette pauvre terre enclavée dans les domaines du connétable.
Maintenant, c'était fini! L'arrêt du Parlement, c'était, pour Jeanne de Piennes et son père, la misère honteuse.
Jeanne avait seize ans. Mince, frêle, fière, d'une exquise élégance, elle semblait une créature faite pour le ravissement des yeux, une émanation de ce radieux printemps, pareille, en sa grâce un peu sauvage, à une aubépine qui tremble sous la rosée au soleil levant.
Ce dimanche 26 avril 1553, elle était sortie comme tous les jours, à la même heure.
Elle avait pénétré dans la forêt de châtaigniers à laquelle s'appuyait Margency. Sous un bois, Jeanne, oppressée, une main sur son coeur, se mit à marcher rapidement en murmurant:
—Oserai-je lui dire? Ce soir, oui, dès ce soir, je parlerai!... je dirai ce secret terrible... et si doux!