Pardaillan se jeta sur la paille assez propre qui devait lui servir de lit. Une couverture trouée, élimée, traînait sur cette paille. A l'actif de notre héros, disons qu'à ce moment d'angoisse terrible pour un homme qui savait parfaitement qu'on ne sort de la Bastille que—les pieds devant, à ce moment, toute sa pensée se reporta vers Loïse. L'amertume de son arrestation lui vint surtout de ce qu'il n'avait pu courir au secours de sa petite voisine.
—C'est moi qu'elle a appelé, songeait-il. C'est tout d'abord à moi qu'elle a pensé dans le danger. Et me voici en prison!
Le déchirement qu'il éprouva lui fut une révélation.
—Je l'aime!
Mais à quoi bon cet amour? la reverrait-il jamais? Est-ce qu'on sortait de la Bastille!
Et quel pouvait être ce danger qui l'avait menacée au point qu'elle avait appelé à son secours un homme qu'elle connaissait à peine de vue?
Ce fut au duc d'Anjou que Pardaillan songea.
Sans doute le duc et ses acolytes étaient revenus de bon matin. Ou peut-être même ne s'étaient-ils pas éloignés...
Avec un immense désespoir, Pardaillan se dit que, s'il avait passé la nuit dans la rue comme il en avait eu un instant la pensée, non seulement il se fût trouvé là pour protéger Loïse, mais encore il n'eût pas été arrêté!
A force de songer à ce qu'il y avait de si terriblement ironique dans la destinée qui le supprimait du monde des vivants, à l'heure même où il eût pu être si heureux, il en vint à se demander pourquoi il était arrêté...