Mais Loïse, fille du maréchal de Montmorency, ne pouvait devenir l'épouse du pauvre chevalier.
Il faut bien se rendre compte de ce que ce nom de Montmorency évoquait alors de formidable puissance et de splendeur.
Avec le connétable, cette maison, l'une des plus fières de la noblesse du royaume, avait connu l'apogée de la grandeur. Le connétable mort, le nom gardait encore tout son prestige. Et si l'on songe que François était devenu le chef d'un puissant parti qui faisait échec aux Guises d'une part, et au roi, d'autre part, on comprendra que Pardaillan éprouvât une sorte de vertige quand il mesurait la distance qui le séparait maintenant de Loïse.
—Tout est fini! murmura-t-il en répétant la parole désespérée qu'il avait lue dans la lettre de la Dame en noir, c'est-à-dire de Jeanne de Piennes...
Par moments, pourtant, il semblait au chevalier qu'un peu d'espoir rentrait dans son coeur. Si Loïse l'aimait! Si elle ne se laissait pas éblouir par la situation nouvelle qui l'attendait!...
—Mais non, pauvre fou! reprenait-il aussitôt. Lors même que Loïse m'aimerait, est-ce que son père peut consentir à une telle mésalliance! Que suis-je? Moins que rien, presque un truand aux yeux de beaucoup; un aventurier sans feu ni lieu; je ne possède au monde que mon épée, mon cheval et mon chien...
Il se leva et fit quelques pas rapides dans la chambre.
—Oh! fit-il en serrant les poings, j'oubliais encore cela. Non seulement Loïse ne peut pas être à moi, non seulement elle ne m'aime pas, selon toute vraisemblance, mais encore elle doit me haïr!... Le jour où sa mère lui dira ce que mon père a fait, le jour où elle saura que je m'appelle Pardaillan, quels sentiments pourra-t-elle avoir pour moi, sinon ceux d'une répulsion instinctive?
Il aimait Loïse et son père avait enlevé cette même Loïse pour une monstrueuse besogne!... Il ne pouvait y avoir que haine et mépris dans le coeur de Loïse pour le vieux Pardaillan... et pour son fils!
—Eh bien, s'écria-t-il sourdement, puisqu'il en est ainsi, puisque tout nous sépare, puisqu'elle doit me haïr, pourquoi m'occuperais-je d'elle encore?... Oui! pourquoi porterais-je cette lettre?... Et que me fait à moi Mme la duchesse de Montmorency, qui maudit mon père, qui me maudira moi-même?... Et que me fait sa fille?... Elles sont malheureuses! Eh bien, que d'autres courent à leur secours!