—Partir! vous! gronda le frère de François. Allons donc! vous n'y songez pas! traverser un pays envahi, des lignes ennemies!... Vous ne partirez pas!
—Qui m'en empêchera?
—Moi!
Et brusquement, la passion l'emporta, l'affola, se déchaîna en lui. Il saisit la jeune femme dans ses bras, l'étreignit convulsivement, et d'une voix ardente:
—Jeanne! Jeanne! Il est parti! Il vous abandonne! Trop lâche pour proclamer son amour, il ne vous aime donc pas! Mais moi,—moi, Jeanne! je vous adore à en perdre la raison, à en braver le ciel et l'enfer, à poignarder mon père de mes mains, si mon père s'opposait à mon amour! Jeanne! ô Jeanne!
Que François meure donc de la mort des faibles puisqu'il n'a pas su vous garder! Moi, je vous veux! moi, je vous revendiquerai devant l'univers! O Jeanne, un mot d'espoir! ou plutôt, non, ne dites rien... un seul de vos regards sans colère me dira si je puis espérer...
Jeanne l'entendait à peine. Toute sa volonté, toute sa force, elle les employait à se dégager de l'étreinte furieuse. Soudain, elle put s'arracher des bras de l'homme.
Alors, Jeanne, debout, amincie, agrandie, pour ainsi dire, par la tension de son être, jeta un long regard sur Henri. Elle fit un pas. Son bras s'allongea. Son doigt toucha le front d'Henri. Et elle dit:
—Chapeau bas, monsieur. Sinon devant la femme, du moins devant la mort!
Henri tressaillit. Son regard trouble se posa un instant sur le cadavre, qu'il sembla apercevoir pour la première fois. D'un geste lent, il porta la main à son front, comme vaincu, comme pour se découvrir. Mais ce geste, il ne l'acheva pas. Son bras retomba. Ses yeux s'injectèrent de sang. Tout l'orgueil et toute la violence de sa race montèrent à son cerveau en une bouffée ardente: