—Par la mort-diable! savez-vous, madame, que je suis ici chez moi, et que seul, après mon père, j'ai le droit d'y demeurer couvert!

—Chez vous! éclata la jeune femme sans comprendre.

—Chez moi! Oui, chez moi! L'arrêt du Parlement communiqué ici restitue Margency à notre maison, et je ne souffrirai pas qu'une vassale...

Il n'acheva pas. D'un bond, Jeanne avait couru à une cassette enfermant les papiers du mort, l'avait ouverte, avait déplié le premier parchemin qui s'offrait à elle, l'avait parcouru et, le laissant tomber, sa voix s'élevait, couvrant celle de Montmorency, appelant les serviteurs:

—Guillaume! Jacques! Toussaint! Pierre! venez tous!

—Madame! voulut interrompre Henri.

Les serviteurs en deuil étaient entrés et, avec eux, plusieurs paysans de Margency.

—Entrez tous, continuait Jeanne enfiévrée, soutenue par une étrange exaltation. Entrez tous! Et apprenez la nouvelle: je ne suis plus ici chez moi!...

Jeanne saisit une main glacée du cadavre et la secoua.

—N'est-ce pas, mon père, que nous ne sommes plus ici chez nous? N'est-ce pas qu'on nous chasse? N'est-ce pas, père, que tu ne veux pas rester une minute de plus dans la maison de la race maudite?... Allons, vous autres! n'entendez-vous pas que le seigneur de Piennes n'est plus ici chez lui!