Les joues brûlantes, les pommettes pourpres, les yeux en feu, la jeune femme courait d'un serviteur à l'autre, les poussait avec une force irrésistible, les plaçait autour du lit de camp... et, quand la manoeuvre fut prête, elle fit un signe.

Huit hommes saisirent le lit, le soulevèrent sur leurs épaules, et les autres se formèrent en cortège, avec de sourdes malédictions, Jeanne marchant en tête!...

Henri, comme dans un cauchemar, vit le cadavre franchir la porte, puis Jeanne disparaître et, au loin, dans le village, il n'entendit plus qu'un sourd murmure d'imprécations...

Alors, violemment, il frappa le sol du pied, sortit, sauta sur son cheval et il s'enfuit...

Jeanne, en arrivant chez la vieille nourrice où elle avait ordonné de porter le corps, tomba à la renverse, écrasée. Presque aussitôt, une fièvre intense se déclara; elle perdit la connaissance des choses, et seul le délire témoigna qu'elle vivait encore.

Henri passa une nuit terrible, avec des accès de honte humiliée, des accès de fureur démente, et des crises de passion. Le lendemain, il retourna à Margency, prêt à tout,—peut-être à un meurtre. Une nouvelle l'écrasa: Jeanne se mourait!

Dès lors, il revint tous les jours rôder autour de la maison paysanne...

Cela dura des mois. Près d'une année s'écoula... une année atroce pendant laquelle sa passion s'exaspéra, pendant laquelle aussi il apprit tout à coup que Thérouanne avait succombé, que la place avait été rasée, que la garnison avait été passée au fil de l'épée, que François avait disparu!...

Mort peut-être?...

Il l'espéra! Oui, dans l'âme de ce frère, germa, grandit et se fortifia l'abominable espoir...