—Comme vous devez souffrir! murmura-t-elle.

Pardaillan tressaillit.

—Moi! souffrir? Où prenez-vous que je souffre?

Huguette releva ses beaux yeux sur le jeune homme.

—Je pense, dit-elle avec mélancolie, que vous avez beaucoup de chagrin. Oh! ne riez pas ainsi. Vous me faites mal, et vous vous faites plus de mal encore à vous-même! Oui, monsieur le chevalier, vous avez le coeur gros... parce que vous aimez... Croyez-vous donc que je ne m'en sois pas aperçue?... Pardonnez-moi, je vous ai guetté... je vous ai vu passer des heures et des heures à cette fenêtre, le regard fixé sur la petite fenêtre d'en face... Vous aimez... vous avez laissé là votre coeur... et celle qui a disparu l'a emporté avec elle... Et vous croyez, pauvre jeune homme, qu'on ne vous aime pas... Eh bien, détrompez-vous... on vous aime...

—Comment le savez-vous?

—Je le sais, monsieur, parce que, si je vous ai guetté, je l'ai guettée, elle aussi! Je le sais, parce qu'il est facile de tromper un indifférent, mais qu'il est impossible de tromper une femme... jalouse... une femme qui aime!

Pardaillan n'entendit pas ces mots puisqu'ils ne furent pas prononcés, mais il comprit.

—Huguette, vous êtes un ange...

—Vous l'aimez donc bien? fit Huguette à voix basse.