—Rien de tout cela, mon fils!

—Je vous écoute, madame, dit Charles.

—Voici longtemps que j'y songe. Pendant que vous me croyez occupée à rêver de guerre comme je ne sais quelle héroïne, je ne suis qu'une pauvre mère cherchant à assurer le bonheur de ses enfants, insista-t-elle sur un mouvement de Charles. Et voici ce que j'ai trouvé, mon fils: les huguenots ne sont plus rien, ou du moins cessent d'être dangereux, s'ils n'ont plus Henri de Béarn et Coligny. Supposez que Coligny et Henri de Béarn fassent leur soumission.

—Jamais ils n'y consentiront!

—Eh bien, s'écria Catherine triomphante, j'ai trouvé mieux que de leur arracher une soumission qui serait peut-être hypocrite. J'ai trouvé le moyen d'en faire les amis les plus ardents du roi, ses alliés! Que pensez-vous que ferait le vieux Coligny, si vous lui donniez une armée pour aller défendre dans les Pays-Bas ses coreligionnaires massacrés par le duc d'Albe?

—Je dis qu'il tomberait à mes pieds. Mais, Madame, ce serait la guerre avec l'Espagnol!

—Nous causerons de cela en conseil, mon fils. Je sais un moyen d'éviter la guerre avec l'Espagne qui est et doit rester notre amie fidèle. Ceci acquis, êtes-vous décidé à faire à l'amiral la proposition que je vous dis?

—Oui, morbleu! et même au prix d'une guerre avec l'Espagne, car, après tout, vaut mieux guerre de frontière que guerre intestine!

—Bien. Vous admettez qu'en ces conditions l'amiral est à nous? Voilà donc les brouillons du parti huguenot qui n'ont plus de chef et viennent se ranger autour de vous.

—Sans doute. Mais Henri de Béarn?