En acceptant cette union, il avait surtout voulu échapper aux tyranniques obsessions du vieux connétable, son père.

Son existence avec Diane de France fut rigoureusement ce qu'ils avaient convenu qu'elle serait: une simple association.

Ils se voyaient à de longs intervalles: en huit ans, François de Montmorency n'eut que trois ou quatre rencontres avec cette princesse qui portait son nom fort dignement: c'est-à-dire que, si elle eut de nombreux amants, comme l'affirme la chronique, elle eut toujours assez d'estime et même d'affection pour son mari, pour sauver les apparences.

Nous devons ajouter que deux ou trois fois François de Montmorency eut aussi l'idée de se rendre au château.

Un jour, il se mit en route avec l'intention bien arrêtée de refaire l'histoire du crime qui avait brisé sa vie, de le connaître dans tous ses détails. Il arriva, très décidé, jusqu'à une hauteur d'où, au sortir d'un bois, on apercevait Montmorency et, plus loin, le hameau de Margency. Mais là ses forces faiblirent. Et, pour ne pas montrer l'émotion qui le bouleversait, il ordonna à son escorte de reprendre sans lui le chemin de Paris.

La destinée des hommes tient souvent à bien peu de chose: si François avait eu le courage de pousser jusqu'à Margency et d'y recueillir des témoignages, qui sait s'il ne fût pas bientôt arrivé à constater l'innocence de Jeanne de Piennes?

Il y eut pourtant une circonstance où cette innocence faillit éclater aux yeux de François, sans qu'il l'eût cherchée.

En 1567 eut lieu la bataille de Saint-Denis, entre huguenots et catholiques. Les huguenots venaient de remporter quelques avantages et s'étaient avancés tout près de Paris. Le connétable Anne fit une sortie, chargea à la tête de sa cavalerie et, ce jour-là encore, il se fit un grand carnage d'hérétiques.

Seulement, dans la bagarre, le connétable fut blessé mortellement. Le blessé fut transporté à l'hôtel de Mesmes qui appartenait à son fils, Henri, duc de Damville. A ce moment, Henri était en Guyenne où il se distinguait par son zèle à imposer la messe aux hérétiques. François se trouvait à Paris. Il n'avait pas revu son père depuis trois ans.

Il trouva le connétable couché, la tête emmaillotée, et dictant ses dernières volontés à son scribe.