—Eh bien, ce Montmorency, c'est le père de celle que j'aime! Il faut que je lui remette la lettre que j'ai là sous mon pourpoint et qui me brûle la poitrine. Si je ne lui remets pas cette lettre, je suis un félon et j'enlève à Loïse sa protection la plus naturelle et la plus sérieuse. Et si je la lui remets, cet homme va me haïr, et Loïse est perdue à jamais pour moi!...
L'homme qui était attendu dans l'hôtel de Coligny et qui venait d'être introduit auprès du roi de Navarre, paraissait une quarantaine d'années. Il était grand, de forte carrure, et ses membres avaient cette souplesse particulière aux gens qui se livrent à de violents exercices du corps.
Ses cheveux étaient blancs. Et c'était un étonnement pour l'oeil que cette blancheur de vieillesse sur cette tête demeurée jeune: aucune ride ne sillonnait ce visage; les yeux, sans flamme d'ailleurs, et comme voilés, avaient un regard limpide.
Avec les années, lentement, lambeau par lambeau, la douleur s'en était allée. Mais la tristesse demeurait profonde, et pesait sur cet homme, d'un même poids égal; de là, sans doigte, cette lassitude...
L'amour très pur, très profond, qu'il avait éprouvé pour Jeanne de Piennes, était encore tout entier dans son âme.
Maintes fois, il avait éprouvé comme une vague tentation de la revoir; mais toujours, il avait réfréné ces désirs, et alors il se jetait toujours dans quelque entreprise guerrière ou politique où il déployait de fébriles activités sans parvenir à se détacher du souvenir qui l'obsédait.
Il pensait peu à Henri de Montmorency. Lui avait-il pardonné?
Non, sans doute. Mais il tâchait à l'oublier et il y parvenait assez aisément, tandis que Jeanne était toujours présente dans son imagination.
Avec ce caractère, avec de telles racines d'amour dans le coeur, il est presque inutile de dire que François de Montmorency n'avait jamais songé à se refaire un autre bonheur, une autre famille, en un mot, une autre vie.
Il avait accepté pourtant son mariage avec Diane de France.