Henri de Béarn, venu secrètement à Paris avec le prince de Condé et Coligny, prit rendez-vous avec François de Montmorency. Au jour dit, à l'heure convenue, le maréchal se présenta à l'hôtel de la rue de Béthisy. On a vu quel effet l'annonce de son arrivée produisit sur Pardaillan.

Nous laisserons le chevalier expliquer à son ami Marillac les causes de son émotion et nous suivrons le maréchal, cette entrevue avec Henri de Béarn ayant sur la suite de notre récit une influence considérable.

Le Béarnais accueillit le maréchal avec gravité.

—Salut! dit-il à l'illustre défenseur de Thérouanne.

François s'inclina devant le jeune roi.

—Sire, dit-il, vous m'avez fait l'honneur de me mander pour m'entretenir de la situation générale des partis religieux. J'attends que Votre Majesté veuille bien m'expliquer ses intentions et je lui répondrai franchement.

Tout rusé qu'il fût, le Béarnais fut désarçonné par cette netteté un peu sèche.

—Prenez ce siège, fit-il pour se donner le temps de réfléchir; je ne souffrirai pas que le maréchal de Montmorency demeure debout quand je suis assis, moi, simple cadet encore dans le métier des armes.

Montmorency obéit.

—Monsieur le maréchal, reprit le roi après un instant de silence pendant lequel il étudia la mâle physionomie de son interlocuteur, je ne vous parlerai pas de la confiance que j'ai en vous. Bien que nous ayons combattu dans des camps opposés, je vous ai toujours tenu en singulière estime, et la meilleure preuve, c'est que vous êtes ici, seul de tout Paris, connaissant mon arrivée à l'asile que j'ai choisi.