Demeuré seul, Pardaillan essuya la sueur qui coulait de son front. L'instant à la fois désiré et redouté était donc arrivé! Il fallait donc révéler à François de Montmorency qu'il avait une fille! Le maréchal allait donc savoir que, s'il avait jusqu'alors ignoré l'existence de cette fille, s'il avait répudié Jeanne de Piennes, s'il avait souffert, il le devait à un Pardaillan! Et c'était un Pardaillan qui allait lui dire tout cela.
Le moment était venu où il allait à la fois se faire l'accusateur de son père et perdre à jamais Loïse!
Son regard, tout à coup, tomba sur un portrait accroché dans l'angle le plus sombre du cabinet. Pardaillan fut secoué d'un long tressaillement.
—Loïse! Loïse! murmura-t-il.
Et aussitôt, cette pensée se fit jour dans son cerveau:
—Comment le maréchal, qui ne sait pas qu'il a une fille, possède-t-il le portrait de cette fille?...
Mais bientôt, à force d'examiner les traits délicats de la jeune femme merveilleusement belle que représentait la toile, la vérité lui apparut:
—Ce n'est pas Loïse!... C'est sa mère, sa mère, quand elle était jeune!...
A ce moment, François de Montmorency rentra dans le cabinet et vit le jeune homme en extase devant le portrait de Jeanne de Piennes. Il s'avança jusqu'à Pardaillan et lui posa sa main sur l'épaule.
—Vous regardiez cette femme... et vous la trouviez belle?